.
COLLEGE DES COUDRIERS
.


Détective sans frontières

de Marina

Il était six heures du soir quand Sarah Weather monta dans l’avion. Elle ne savait pas que des vacances l’attendaient en Nouvelle-Guinée. En effet, son père lui avait organisé un voyage de rêve et lui avait dit qu’elle devait accomplir une mission très importante, car c’était une détective.

Sarah était plutôt une jolie fille avec ses cheveux bouclés d’un noir profond allant jusqu’aux épaules. Elle était fine, ni trop grande ni trop petite. Courageuse de nature, elle adorait son métier ce qui l’empêchait de s’engager avec un homme…

Insouciante, elle rêvait de la Nouvelle-Guinée en attendant son plateau-repas. Le lendemain, elle se retrouva à l’aéroport de Port Moresby. Quand elle descendit de l’avion, une chaleur merveilleuse entra en elle, quelque chose qu’elle n’aurait pu ressentir en Angleterre en plein hiver.

La politesse faisait partie de sa vie et quand elle bouscula un homme en récupérant ses valises, elle s’excusa sur le champ en le regardant dans les yeux, mais celui-ci, troublé par la générosité qui luisait dans les yeux de Sarah, baissa la tête. Et puis, se rappelant qu’il avait déjà connu ce merveilleux regard, il la releva.

  • Sarah, Sarah Weather, c’est bien toi ?

  • John ?

  • Apparemment, c’est bien toi.

  • Ça me fait tellement plaisir de te voir, qu’est-ce que tu deviens ? Ça va ?

  • Je vais très bien mais tu ne voudrais pas aller boire un café ? On serait mieux pour parler. Tu ne crois pas ?

  • Tu n’as pas changé, tu as toujours raison. Allons-y, je ne suis pas pressée.

Ils discutèrent un bon moment et décidèrent bien sûr de se revoir. Elle apprit qu’il était parti en Nouvelle-Guinée pour y vivre, qu’il travaillait comme pilote à l’aéroport de Port Moresby et qu’il était seul. Prise dans ses pensées, elle se rendit dans son hôtel en taxi, car John n’était rien d’autre que son premier petit ami.

L’hôtel avait cinq étoiles et se situait au bord de la plage avec piscine et jacuzzi… Elle se rendit à la réception pour obtenir la clef de sa chambre et bien sûr recevoir des informations sur sa mission. Aussitôt, on lui donna sa clef, une lettre et puis la réceptionniste engagea la conversation :

  • Ce n’est pas dur de se rendre dans l’hôtel où sa mère a passé les derniers moments de sa vie ?

Sarah ne comprenait pas. Son père lui avait dit que sa mère, Jasmine, était morte dans un accident de voiture mais elle n’eut pas le temps de former une phrase que l’autre en rajouta :

  • Vous savez, elle travaillait sur une enquête d’un niveau dangereux et elle en était consciente.

  • Une enquête ?

  • Oui, elle était détective comme vous. Vous ne le saviez pas ?

  • Si, si. Je n’avais pas entendu le mot. Vous pourriez m’en dire plus sur son enquête ? Et pourquoi était-elle en Nouvelle-Guinée ?

  • Elle était en vacances avec votre père et vous. Je vais vous expliquer comment a débuté son enquête : vous étiez sur la terrasse du célèbre « Café du Soleil ». Buvant son jus, elle vit un jeune garçon se faire taper par un gros dur. Sa curiosité l’emporta et dès que le gros s’en alla, elle se rendit à ses côtés. D’abord il ne voulut rien dire, et puis, je ne sais comment elle fit, mais en tout cas elle réussit, car il lui narra toute son histoire. En bref, il avait des problèmes d’argent ; des gens lui avaient conseillé de vendre de la drogue car ceci rapportait beaucoup. Il le fit mais après mûre réflexion, il regretta de s’être engagé là-dedans. Il se sentait sale et n’osait plus se regarder dans un miroir. C’est pourquoi il était allé voir son « boss » pour lui demander de le sortir de ce cercle vicieux. Évidemment celui-ci avait refusé et depuis, le pauvre garçon se faisait taper. Grâce à ta mère, il vit aujourd’hui sous le nom de Jim Bardon, il est policier… mais il ne touche à aucune affaire de drogue. La suite de l’histoire, c’est moi qui l’imagine. Je sais qu’elle était sur une grosse filière alors je pense qu’après qu’elle eut trouvé le plus gros des poissons, c’est lui qui la mangea, tout simplement. Je suis sûre que c’est un meurtre mais il a été si bien déguisé en suicide ! Pourquoi une enquête aurait-elle eu lieu ? J’aimerais tellement que justice soit rendue, ta mère avait un cœur d’or, elle ne méritait pas ceci.

  • Vous êtes sûre à cent pour cent que ce n’est pas un suicide ?

  • Oui, j’étais sa meilleure amie. Si elle n’avait pas été bien, elle m’aurait parlé. Vous allez faire une enquête ?

  • Et mon père ?

  • Ton père n’a pas cherché à comprendre, il était si triste. Je vois bien que tu n’étais pas au courant de tout ça, je suis désolée.

  • Je vais mener ma petite enquête. J’ai deux dernières questions : j’étais âgée de quel âge quand toute cette histoire s’est passée ? Et c’était quel genre de suicide ?

  • Elle s’est jetée depuis le seul immeuble de douze étages, affreux, non ? Heureusement, tu n’avais que quatre ans quand tout ça s’est passé. Si tu veux, j’ai des photos, ton père n’a pas voulu les récupérer. Ce sont celles que vous avez faites avant sa mort, tu les veux ?

  • Oui, volontiers. Tu les as regardées ?

  • Non, je n’ai pas pu. J’ai aussi les cadeaux que je t’ai achetés à chacun de tes anniversaires. Ton père me les renvoie chaque année.

  • Pourquoi m’as-tu envoyé des cadeaux ?

  • Je suis ta marraine.

  • Merci de ne pas m’avoir oubliée, marraine. Il faut que j’y aille, j’ai un rendez-vous. A demain.

En effet, elle avait un rendez-vous avec John dans un petit restaurant. Elle s’y rendit à pied. En chemin, elle lut la lettre. Elle contenait ceci :

Ma chère fille,

Je suis confus parce que j’ai dû te piéger. Mais c’était le seul  moyen de te faire voyager. Comme tu l’as sans doute deviné, il n’y a pas de mission. Enfin, à part te faire oublier le travail. Donc, tu vas rester là pendant un mois, t’amuser, visiter et te reposer. Puis quand tu reviendras, tu pourras m’enguirlander.

Je te quitte de la plume mais pas du cœur, tendrement,

 Ton père

Ce n’est pas grave j’en ai trouvé une, pensa-t-elle dans sa tête.

Elle arriva à l’heure au restaurant mais John était déjà là. Toujours en avance, songea-t-elle. Ils mangèrent et discutèrent de nouveau pendant un bon moment. Ils avaient tellement de choses à se dire, car cela faisait dix ans qu’ils ne s’étaient pas vus. Dix ans de cela…Sarah avait dix-sept ans et John dix-huit. Elle était si sûre que ça durerait entre eux… Et maintenant, il se trouvait devant elle, plus beau que jamais. C’est vrai, chaque fois qu’elle voyait John, son cœur chavirait. A ses yeux, il était plus beau qu’un dieu grec : il était grand, avait une couleur de peau légèrement brunâtre, des cheveux noirs et des yeux noisette. Elle l’aimait mais son métier passait avant tout. Ils se quittèrent, elle rentra et se coucha en pensant : « Demain est un autre jour ».

A huit heures le lendemain, elle se rendit dans la mairie la plus proche de son hôtel. En effet, elle avait besoin de consulter une carte des constructions de la Nouvelle-Guinée pour repérer l’immeuble à douze étages. C’est ce qu’elle fit, il n’était pas loin de l’hôtel, seulement dix minutes en taxi. Elle avait aussi besoin du numéro de Bardon, c’est pourquoi elle demanda un annuaire téléphonique. Plusieurs Jim Bardon existaient mais il était le seul à exercer le métier de policier. Il était écrit exactement ceci :

Bardon Jim, policier

Rue de la Paix 22

Kerema 08.32.57.20.45

Elle possédait maintenant toutes les informations dont elle avait besoin, enfin presque… Et pour celles qui lui manquaient, c’est Jim qui les lui donnerait. Justement elle l’appela, voici leur conversation :

  • Jim Bardon à l’appareil, j’écoute.

  • Bonjour, ici Sarah Weather. Vous ne me connaissez pas, par contre Weather doit vous rappeler quelque chose. Ma mère, Jasmine Weather, vous a sauvé la vie il y a quelques années de ça. Je ne veux pas faire ressurgir de mauvais souvenirs, mais j’ai besoin de vous. Voilà, moi aussi je suis détective, et hier j’ai appris dans quelles conditions ma mère est morte. Aujourd’hui je veux la venger. Vous êtes toujours là ?

  • Oui, toujours, mais je ne vois pas en quoi je pourrais vous être utile.

  • Je sais que vous avez peur mais vous trouvez juste qu’elle vous ait sauvé la vie alors qu’elle est morte ?

  • Non, mais c’est la vie. Des gens meurent et d’autres naissent.

  • Alors ça ne vous fait ni chaud ni froid ?

  • Non, non. C’est vrai que j’ai peur mais c’était une femme merveilleuse et elle ne méritait rien de tout ça. Qu’est-ce que vous voulez ?

  • Oh, trois fois rien. Juste le dossier de police sur le soi-disant suicide de ma mère.

  • Quoi ?!! C’est ça, votre trois fois rien ? Je risque ma carrière quand même.

  • Je sais mais c’est ça ou alors vous venez avec moi sur le terrain. Et puis vous l’avez dit vous-même, ma mère ne méritait rien de tout ça.

  • Très bien, je vous l’envoie comment ?

  • Par fax à l’hôtel Caprici, vous avez le numéro ?

  • Oui, votre mère était dans le même hôtel. Vous le recevrez cet après-midi, ça vous va ?

  • Parfait. Une dernière question : vous croyez au suicide de ma mère ?

  • Non, sinon au début de notre conversation, je vous aurais dit : « La venger de quoi ? » Non, c’est sûr, ils l’ont tuée.

  • Qui « ils » ?

  • Les « boss » de la drogue.

  • Merci, vous m’aidez beaucoup.

  • De rien, et prévenez-moi quand vous aurez des nouvelles.

  • D’accord, bon, encore merci et à bientôt peut-être.

  • Attendez !

  • Oui, quoi ?

  • Faites attention, ils sont dangereux.

  • Je ferai attention, au revoir.

  • Au revoir.

N’ayant plus rien à faire, elle rentra. Plus tard, vers cinq heures, elle reçut ce qu’elle attendait et le lut. Pendant ce temps, l’heure avait avancé. Ce n’est pas que le dossier fut très complet, loin de là, mais elle le relut plusieurs fois. Il était maintenant six heures et demie, la cloche d’une église sonnait. Elle alluma la télévision et alors qu’elle ne s’y attendait pas du tout, le programme habituel fut coupé par un flash spécial. Voilà ses informations :

«  A deux heures cet après-midi, alors qu’un avion allait atterrir à trois heures à l’aéroport de Port Moresby, celui-ci s’est écrasé sur le Mont Surdiman. Nous savons que sur soixante passagers, dix sont morts, quinze sont gravement blessés et les trente-cinq autres sont vivants ou légèrement blessés. Les blessés graves ont été transportés à l’hôpital de Nabire. La majorité des passagers sont français ce qui est normal vu que l’avion revenait de France. A l’heure qu’il est, nous ne pouvons vous dire quelle est la cause de l’accident. Tout ce que nous savons, c’est que le pilote John Tag qui est dans le coma pour l’instant, n’y est pour rien. Maintenant, le programme va reprendre son cours normalement, nous reparlerons de cet accident lors du téléjournal. Je peux déjà vous dire qu’un numéro gratuit sera mis sur pied dans quelques heures pour les familles, les amis… pensant qu’un de leurs proches était dans cet avion. Merci et à tout à l’heure pour plus d’infos. »

Après la fin du flash, Sarah se rendit immédiatement à l’hôpital de Nabire avec la voiture de sa marraine. Arrivée à la chambre de John, elle lui prit la main et lui murmura à l’oreille : « Ne meurs pas, je t’aime plus que tout, plus que mon métier et il a fallu que tu tombes dans le coma pour que je puisse m’en rendre compte. Je t’aime. » Puis elle s’endormit à ses côtés. Elle ne bougea presque pas de la chambre pendant plus d’une semaine. Elle voulait être là quand John se réveillerait, et un jour, alors qu’elle prenait son petit déjeuner, la belle au bois dormant se réveilla en pleine forme et avec un appétit d’ogre. Pourtant, il dit d’abord à Sarah qu’il l’aimait et ensuite parla de son estomac. Ils passèrent ainsi la journée à parler et à rire, mais le soir venu, elle se rendit compte du temps qu’elle avait perdu pour son enquête et repartit dans son hôtel. Elle relut le dossier de la police et vit un détail qui lui avait échappé. Sa soi-disant marraine avait obtenu quarante mille euros après la mort de sa mère. Pour être juste une marraine, c’est louche de recevoir quarante mille euros, se dit-elle à voix basse. Tout de suite après, elle appela Jim.

  • Jim Bardon à l’appareil, j’écoute.

  • Salut, c’est Sarah. Alors voilà, je crois avoir trouvé le meurtrier de ma mère mais il me faut des preuves C’est là que tu interviens, okay ?

  • Pas de problème, tu as besoin de quoi ?

  • Il faudrait que tu me trouves le lieu ou l’on a enterré ma mère, des infos sur une dénommée Jenifer Larousse et aussi comment se prénomme ma marraine. Tu peux m’avoir tout ça pour demain ?

  • Bien sûr, mais qui est Jenifer Larousse ?

  • Ma soi-disant marraine.

  • Je me mets au travail. Salut.

  • Salut.

Fatiguée, elle se coucha. Le lendemain, on frappa à sa porte. C’était Jim Bardon en chair et en os avec des croissants à la main. Elle le fit entrer et pendant qu’elle mangeait, il lui dit ce qu’il avait trouvé :

  • Ta mère est enterrée ici, à Kerema, le cimetière est à cinq minutes de cet hôtel à pied. Jenifer Larousse est la demi-sœur de ta mère et elle ne peut en aucun cas être ta marraine, car tu n’as pas été baptisée.

  • Okay. Viens, on va chercher des cheveux.

  • Pardon ?

  • Je suis sûre que Jenifer Larousse n’est pas Jenifer Larousse. Ça te va ?

Ils allèrent à la réception et pendant que Jim occupait Jenifer, Sarah se faufila derrière la réception puis ramassa des cheveux.

  • En admettant que cette fille soit la coupable, pourquoi n’a-t-on pas retrouvé le corps de la vraie Jenifer et quel est le mobile du crime ?
  • Le mobile du crime, c’est l’argent. Je te rappelle qu’elle a gagné quarante mille euros après la mort de ma mère et puis peut-être a-t-elle brûlé le corps.

Ils discutèrent comme ça pendant des heures jusqu’à ce qu’ils arrivent au poste de police où travaillait Jim. Arrivés là-bas, ils firent comparer les deux ADN. Ils ne correspondaient pas, les cheveux appartenaient à une certaine Camille Bratcho.

  • Donne-moi l’adresse de cette fausse Jenifer.

  • Pourquoi ?

  • On va fouiller sa maison.

  • Mais c’est interdit de faire ça !

  • Je sais, mais on n’a pas assez de preuves pour la faire emprisonner. Là-bas, on va peut-être en trouver. Allons-y.

Ils se rendirent à la rue du Marché numéro 4,  Kerema. Sarah, avec son épingle à cheveux, ouvrit la porte. Ils rentrèrent sans crainte, car ils savaient que Camille travaillait jusqu’à minuit. Ils avaient cinq heures de temps pour fouiller toute la maison. Jim alla au salon pendant que Sarah était dans la chambre. Tous deux revinrent dans la cuisine sans avoir rien trouvé. Là, Jim, ayant un petit creux, ouvrit le congélateur et vit sur la deuxième étagère, un doigt.

  • Sarah, je crois qu’on a trouvé notre preuve, regarde, on dirait un doigt.

  • Tu as raison, prends-le.

  • Quoi, pourquoi moi ?

  • Il est dans une boîte.

  • C’est vrai.

Ils retournèrent au poste de police, le doigt appartenait bien à Jenifer Larousse.

  • Bon, récapitulons : Camille a besoin d’argent, c’est la meilleure amie de ta mère et elle sait que sur son testament, elle laisse une grande part d’argent à sa demi-sœur, Jenifer. Elle décide de prendre sa place. Pour ça, elle la tue et fait disparaître le corps sauf un doigt qu’elle garde en souvenir. Avant de la tuer, elle attend que ta mère soit sur une enquête dangereuse pour ceux qui ne croient pas au suicide. Ensuite tu arrives, elle te fait croire qu’elle est ta marraine pour que tu n’aies pas un soupçon et le tour est joué.

  • Tu crois que ça va suffire devant les jurés ?

  • Oui, on leur montrera le doigt.

  • Bon, je crois que nos routes se séparent. Il faut que j’y aille.

  • D’accord, salut et merci pour tout.

  • Toi aussi, salut.

Elle alla dans le cimetière où sa mère était enterrée pour prier. John arriva derrière elle et la demanda en mariage…