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COLLEGE DES COUDRIERS
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Le pacte du cou-cou

Ce ne fut que quelques années plus tard que je réussis enfin à en parler à quelqu’un pour la première fois. C’est pourquoi j’ai décidé d’aller voir une professionnel, c'est-à-dire un psychologue. Aujourd’hui, je suis allongé ici pour parler de ce qui me hante depuis toutes ces années.

Je m’appelle Gilbert Sonnard, j’ai trente-sept ans et je suis célibataire. Je vis en Angleterre, dans une jolie petite maison, pas très loin de celle de mon enfance où vivent encore mes parents. J’ai fait des études pour devenir médecin et je suis maintenant quelqu’un de reconnu et apprécié de tous dans ce milieu. Ma vie a presque toujours été un long fleuve tranquille. Pourtant, mes pensées sont tourmentées par un événement qui s’est produit il y a vingt-cinq ans de cela. Je devais avoir douze ans quand pour la première fois je vis mon grand-père.

Pendant les vacances d’automne mille neuf cent quatre-vingt huit, je fus invité à passer une semaine chez mes grands-parents, en Allemagne. J’étais tout excité, car c’était la première fois que je partais seul. En effet, ma sœur ne pouvait pas partir, car elle devait se préparer pour es examens. Comme je ne connaissais pas l’Allemagne, mes grands-parents me faisaient faire de belles visites pour découvrir ce magnifique pays. Tout se déroulait parfaitement bien, mais deux jours avant la fin des vacances, lors d’une promenade au jardin botanique, mon grand-père fut pris d’une forte douleur à la poitrine. Nous appelâmes tout de suite une ambulance, mais malheureusement il mourut quelques heures après à l’hôpital. Ma grand-mère m’expliqua alors que mon pauvre grand-père avait eu une crise cardiaque.

A la mort de mon grand-père, mes parents décidèrent de m’emmener chez des psychologues. A cette époque, je passais mes journées à pleurer, je ne mangeais pas et faisais d’horribles cauchemars. Les psychiatres avaient remarqué chez moi un important traumatisme qui aurait pu me causer des troubles psychologiques qui se manifesteraient par des hallucinations répétées. Se fiant à leurs conseils, mes parents, inquiets pour ma santé, eurent l’idée d’organiser une grande fête pour Noël, afin de me changer les idées. Ils invitèrent aussi ma grand-mère. Elle était la seule personne, à part moi, à avoir assisté à la mort de mon grand-père. Mes parents avaient beaucoup d’espoir en ce qu’affirmaient les psychiatres. Ils attachèrent une grande importance à cette fête. Moi, je n’en croyais pas un mot.

Le soir de Noël, tout le monde semblait être heureux, sûrement pour me remonter le moral, mais j’étais encore plus triste de voir que tout le monde préférait nier la mort de mon grand-père, plutôt que de la pleurer. Mes parents remarquèrent que je n’allais pas mieux. Ils commençaient à s’inquiéter pour ma grand-mère qui n’était pas encore arrivée. Quand tout à coup, quelqu’un frappa à la porte.

C’était elle, arrivant tout juste de l’aéroport. Elle n’avait qu’une petite valise, car elle avait décidé de repartir le lendemain. Dans l’autre main elle portait un sac qui m’avait l’air rempli de cadeaux.

  • Entrez, chère maman ! dit ma mère, laissez-moi prendre vos affaires. Installez-vous, je vais vous servir quelque chose à boire.

  • Sans façon, merci, ne t’occupe pas tant de moi. Je ne suis venue que pour offrir les cadeaux. Demain, je repartirai chez moi.

Je fus tellement choqué de constater la froideur de ma grand-mère. Pourtant, elle aussi avait vu, de ses propres yeux, mon grand-père mourir. Comment pouvait-elle avoir un cœur de pierre au lieu d’être triste comme moi. Déçu par son attitude et celle de tous les autres gens stupides, me m’enfuis à toutes jambes du salon où avait lieu la fête pour m’enfermer dans ma chambre afin de verser toutes les larmes de mon corps. Ma grand-mère comprit ma réaction et suggéra à mes parents de me laisser seul avec elle. Ils acceptèrent et continuèrent  à s’occuper des invités et de la fête.

  • Gilbert, ouvre-moi la porte, te t’en prie. C’est ta grand-mère, laisse-moi entrer.

  • Non ! Je ne laisserai pas entrer les gens qui n’aiment pas grand-père, criai-je.

  • Moi, je l’aime ton grand-père.

  • Non. Tu l’aimais mais maintenant tu ne l’aimes plus.

  • Tu te trompes, mais dans ce cas, laisse-moi au moins t’offrir le dernier cadeau de ton grand-père.

A ce moment-là, le vide s’installa dans ma tête.

  • Puis-je entrer ? redemanda-t-elle.

  • Tu peux.

La porte s’ouvrit très lentement, quant à ma grand-mère, elle ne fit irruption que quelques secondes plus tard. Elle avait des larmes qui coulaient le long de ses joues ridées par l’âge. Elle tenait encore le sac rempli de cadeaux dans sa main. Elle était triste, cependant, en voyant les larmes sur ses joues, je me réjouis de voir quelqu’un pleurer mon grand-père. Elle s’approcha de mon sofa, s’assit à côté de moi et me regarda. Je fus pris d’un frisson qui parcourut tout mon corps. J’avais l’impression qu’elle me regardait pour la dernière fois.

  • Grand-mère, pourquoi pleures-tu autant ? lui demandai-je à voix basse.

  • Oh, pour rien ! ça ira, ne t’inquiète pas pour ça.

  • Tu es triste que grand-père soit mort ?

  • Oui, énormément, dit-elle en acquiescent.

  • Quel était donc le dernier cadeau de grand-père ? demandai-je en essayant de sourire avec peine pour tenter d’arrêter les larmes de ma grand-mère.

  • Je préfère que tu le découvres avec les autres autour de sapin. D’accord ?

  • Comme il te plaira.

Quelques minutes après, nous étions enfin réunis dans la joie et la bonne humeur autour de la table, j’avais presque réussi à oublier mon chagrin. Puis vint l’heure de l’ouverture des cadeaux. Je me précipitai pour ouvrir celui de mon grand-père, mais il était introuvable. Quand je le découvris enfant, je fus stupéfait. L’emballage était magnifique. Il était orné de beaux dessins dorés de Noël.

  • Ouvre-le ! s’écria ma grand-mère avec enthousiasme.

Réjoui par ce encouragement, je ne fis qu’une bouchée de l’emballage. Je fus

surpris par la splendeur de ce cadeau. C’était une horloge comme je n’en avais jamais vu. Le cadran était en or, les aiguilles en bronze et le bois, tout autour, était si bien travaillé qu’on aurait dit qu’il était vivant.

  • C’est un cou-cou ! dit grand-mère, c’est un ami qui l’a offert à ton grand-père.

  • Merci beaucoup grand-mère.

  • De rien ! Après tout, tu es mon petit fils adoré.

Cette nuit-là, je me couchai tard, contrairement à ma grand-mère qui était partie se reposer dans sa chambre juste après avoir donné les cadeaux. Et pour dire la vérité, moi aussi, j’aurais dû me coucher plus tôt.

Le lendemain, je me réveillai très tard et je ne pus pas accompagner ma grand-mère à l’aéroport. Je profitai donc de ce moment de répit pour acheter des piles chez le marchand du quartier. C’était un homme grand et fort qui était très sévère, c’était aussi un ancien militaire et un très bon chasseur respecté et apprécié par tous dans le village.

De retour chez moi, j’installai les piles dans le cou-cou qui paraissait me sourire. Puis je réglai l’heure exacte, mais il était encore trop tôt pour qu’il sonne. Je me dis qu’avec un tout petit peu de patience, le cou-cou finirait par sonner. Et je n’avais pas tort car  vingt-sept minutes après, il s’apprêtait enfin à sonner dix heures.

  • Doing ! Doing ! Doing !.... fit-il.

Je fus envoûté par le son du cou-cou, mais aussi par l’originalité des personages qui sortaient de lui. Ils étaient si détaillés et si bien travaillés qu’on aurait dit de vraies personnes. Il y avait quatre personnages, chacun représentant un métier différent. Il y avait un secrétaire, un pilote, un chasseur et un chauffeur de taxi. C’était d’une rare beauté, mais ce fabuleux cadeau ne tarda pas à se transformer en cauchemar.

Soudainement, la pièce où je me trouvais s’obscurcit et quatre piliers, un peu pus hauts que moi, se dressèrent autour de moi. J’étais entouré de toute part. Je m’apprêtai à crier, quand tout à coup un papier s’éleva au-dessus du pilier qui était face à moi. Je sentis une présence.

  • Qui est là ? Demandai-je paniqué.

  • Ah ! Ah ! Ah ! Ne me dis pas que tu ne me reconnais pas, ricana une voix inconnue.

  • Non, je ne sais pas qui vous êtes, répondis-je troublé.

  • Bien ! Dans ce cas, regarde-moi bien.

Une silhouette se dessina au-dessus du pilier où quelques secondes

auparavant était apparu le papier. Cette chose avait un semblant d’humain. Il portait un complet noir, ainsi qu’une cravate rouge. Il me faisait penser à quelqu’un ou plutôt à quelque chose que j’avais déjà vu. Quand son visage apparut à la lumière, je reconnus que c’était lui, le secrétaire du cou-cou.

  • Salut ! Tu me reconnais enfin ?

Il fut suivi de près par d’autres créatures ressemblant aux figurines du cou-cou. A ce moment, je crus être en plein délire.

  • Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? hurlai-je la peur au ventre.

  • Qui sommes-nous ? Nous sommes les envoyés du diable, mon cher, répondit le secrétaire avec arrogance, nous sommes venus chercher ton âme souffrante.

  • De quoi parlez-vous ?

  • Nous savons que tu as assisté à la mort de ton grand-père et que depuis, tu souffres. Nous sommes là pour t’aider. On va arrêter tes souffrances pour que tu retrouves la joie de vivre.

  • C’est faux, je vais très bien !

  • Mensonge ! s’écria le secrétaire. Tu souffres et tu n’as qu’une envie, c’est de ne plus pleurer ton grand-père.

  • Comment osez-vous dire cela ? dis-je en rageant, vous ne savez rien de moi.

  • Détrompe-toi, je sais tout de toi. Je pourrais te réciter tout ce qui te passe par la tête, mais je ne suis pas ici pour jouer. Nous avons un but précis à atteindre et nous y parviendrons avant la fin de la journée, quels que soient les moyens que nous utiliserons.

  • Que me voulez-vous ?

Le secrétaire  attrapa la feuille posée sur le pilier où il se tenait.

  • Nous sommes là pour que tu signes au bas de ce pacte avec le Diable quite permettra de ne plus jamais souffrir.

Je restai muet devant tant de bêtises.

  • Je t’explique, reprit-il, lorsque tu signeras au bas de ce pacte, tu devras accomplir une petite mission qui apparaîtra au bas de celui-ci. Mais ensuite, tu ne souffriras plus jamais. Des questions ?

  • Et si je refuse ? demandai-je.

Le secrétaire me regarda froidement.

  • Alors nous te ferons souffrir !

  • Impossible ! criai-je, vous n’êtes que le fruit de mon imagination.

  • Dois-je comprendre que tu refuses de signer ?

  • Ah ! Ah ! Laissez-moi rire, dis-je sournoisement, pourquoi devrais-je signerun pacte qui sort de l’imaginaire ?

  • Tu n’as pas répondu à ma question, reprit le secrétaire.

  • Hé bien ma réponse est : Oui, je refuse de signer.

Juste après avoir entendu ma réponse, ces soit disant « envoyé du diable » sevolatilisèrent, laissant place à la lumière. Pendant un moment, je refusai de croire que ce qui venait de se produire fût réel. De là, j’arrivais à apercevoir l’aéroport. Mon regard se porta sur un avion qui décollait. Je pensai fort à ma grand-mère qui avait dû décoller peu avant. Tout à coup, l’avion commença à piquer du nez, pour finalement s’écraser je ne sais où. Je ne sais pourquoi, mais au moment de l’impact, je sentis comme une flèche me transpercer, ce qui fit couler une larme sur ma joue.

Au retour de mes parents, t’étais encore debout face à la fenêtre de ma chambre. Mon père était couché sur le canapé tandis que ma mère faisait la vaisselle, quand soudainement quelqu’un sonna à la porte. C’était le marchand du quartier. Il était venu pour inviter mon père à admirer son nouveau fusil qui lui avait été livré une minute auparavant dans sa boutique.

Mon père étant parti, je m’effondrai sur le sol pour verser quelques larmes, je ne me sentais vraiment pas bien. Quelque chose me tourmentait de l’intérieur, j’avais l’impression que mon cœur était rempli de douleur. Il était presque onze heures, le cou-cou allait bientôt sonner et moi je me demandais si j’allais revoir ces immondes créatures.

  • Doing ! Doing ! Doing ! retentit le cou-cou.

A  nouveau, les pilliers jaillirent et les quatre figurines sortirent de l’intérieur de ce maudit cou-cou. La pièce s’obscurcit comme précédemment.

  • Re-bonjour, mon cher ami, dit le secrétaire sourire aux lèvres, tu

m’excuseras mais avant de m’occuper de toi, je dois ranger ma paperasse.

Je restai bouche bée de voir une créature aussi sinistre que lui, être autant

décontracté. Puis bizarrement, le pilote envoya au secrétaire un avion en papier. Il l’attrapa en plein vol, le déplia et après l’avoir lu, il eut un petit sourire mesquin. Il me dit d’un air satisfait :

  • Regarde, Gilbert, c’est la preuve que le pilote a accompli sa mission.

Je lus attentivement ce qui était marqué sur la feuille. Je fus sidéré ! Sur le

papier était écrit : « Objectif : faire écraser l’avion où se trouvait Alice Twins » (alias ma grand-mère). Puis au bout de la feuille, il était écrit que la mission avait été accomplie sans problème. Je tremblais de partout, je n’y comprenais rien. Je ne savais pas ce que signifiait ce papier. J’avais la tête prête à exploser. Le secrétaire me regarda d’un air faussement attristé et dit à haute voix :

  • Ce qui t’arrive est la conséquence de ton refus. Si tu avais signé ce pacte la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, rien de tout cela ne serait arrivé. Nous sommes obligés de te faire souffrir pour que tu réagisses et acceptes.

  • De quoi parlez-vous ? demandai-je les larmes aux yeux, terrorisé par la nouvelle que je venais d’apprendre. Ne me dites pas que c’est vous qui avez tué ma grand-mère ?

  • Tu comprends vite pour un garçon de ton âge, répondit le secrétaire sournoisement, nous avons effectivement tué ta grand-mère.

  • Pourquoi ? Pourquoi avoir fait ça ?

  • Tu ne te souviens pas de ce que nous t’avions promis si tu ne signais pas ?

Je me rappelai alors que le secrétaire m’avait promis que si je ne signais pas le pacte, je souffrirais, Mais je ne voulais pas que ce soit ma famille qui soit touchée.

  • Et si je continue à refuser ? demandai-je.

  • Alors nous continuerons à te faire souffrir, répondit le secrétaire.

Je compris alors qu’à chaque fois que je refuserais de signer le pacte, il

risquait d’arriver quelque chose à ma famille ou aux personnes que j’aimais le plus. C’était leur façon de me faire souffrir. Pourtant, ce scénario me paraissait absurde. Je regardai le secrétaire au plus profond des yeux pour me prouver qu’il ne s’agissait pas d’un rêve, mais je ne pus rien en déduire.

  • Alors tu signes oui ou non ? demanda le secrétaire.

Après quelques secondes de réflexion, je répondis :

  • Non, je ne signerai pas votre pacte.

  • En es-tu sûr ? reprit le secrétaire.

  • Oui ! hurlai-je.

Après cette réponse, la lumière revint à moi et je m’attendais maintenant à ce que le pire m’arrive. Pourtant, j’étais loin d’imaginer ce qui allait se produire.

Tout à coup, le bruit d’un fusil de chasse retentit à travers tout le quartier. Leson paraissait provenir de chez le marchand. Alors je m’y précipitai comme tous les voisins. A mon arrivée, le marchand versait des larmes. Mon père gisait sur le sol une balle dans le coeur. Je me précipitai vers mon père et le suppliai de tenir le coup jusqu’à l’arrivée de l’ambulance. Malheureusement, la blessure était trop profonde et il  mourut quelques minutes avant l’arrivée de celle-ci.

Une demi-heure plus tard, mon père fut emmené à a morgue. Ma mère, ma sœur et moi étions tristes, mais elles furent encore plus choquées lorsqu’un pompier leur apprit que l’avion de ma grand-mère s’était écrasé peu après son départ. Pour moi, cette annonce ne fit que confirmer que ces créatures existaient réellement et que tant que je ne signerais pas ce pacte, je souffrirais de plus en plus.

Un psychologue nous prit en charge, mais très vite, il nous laissa, ma sœur et moi, pour se consacrer plus particulièrement à ma mère. Ce qui était compréhensible, puisque c’était elle la plus proche de mon père et de ma grand-mère.

Je me baladais avec ma sœur en parlant de ces événements étranges auxquels nous faisions face. Les cloches de l’église sonnèrent midi. Je me demandai alors pourquoi le diable voulait que ce soit moi son serviteur. Que pouvait bien être ma mission ? Puis voyant ma sœur, je me dis que je devais lui parler de ce pacte pour alléger ma conscience. Quand tout à coup, un taxi qui roulait à toute allure sortit de la route. Il essaya de freiner, mais dérapa et ne put éviter ma sœur. Elle fut projetée deux mètres plus loin et perdit connaissance. Je demandai alors de l’aide aux personnes qui avaient comme moi assisté à la scène et un policier appela une ambulance. Je me demandais pourquoi en trois heures à peine toutes ces catastrophes m’arrivaient à moi ? ! ? Un sentiment de rage monta en moi comme un Geyser. Je n’étais pas en colère contre le chauffeur de taxi, mais contre moi-même. Je me maudis une bonne dizaine de minutes de n’avoir pas signé ce fichu pacte.

Tout le monde autour de moi nous lamentait, ma mère et moi. Désemparé, je partis chez moi en courant. Une fois rentré, je me précipitai dans me chambre et regardai le cadran du cou-cou. Il manquait encore quarante minutes pour qu’il sonne treize heures. Alors je le reculai pour qu’il sonne à nouveau midi.

  • Doing ! Doing ! Doing !...

A nouveau et pour la dernière fois, la pièce s’obscurcit, les piliers se dressèrent et les envoyés du diable apparurent.

  • Pourquoi nous as-tu appelés ? me demanda le secrétaire.

  • Vous le savez parfaitement ! hurlai-je, c’est plutôt à moi de poser des questions.

  • Tu veux savoir ce que signifie l’accident de ta soeur ? m’interrompit-il, et bien, c’est très simple. Ton absence de tout à l’heure a été jugée négative.

  • Comment pouvez-vous ? hurlai-je de toutes mes forces versant une larme, vous n’avez pas le droit.

  • Nous t’avons déjà dit que nous ferions tout ce qui est en notre pouvoir pour que tu signes ce pacte.

  • Mais pourquoi le fait que je le signe est si important ?

  • Nous voulons ce que notre maître le diable désire ! répondit brutalement le secrétaire. Cette fois, je ne te ferai aucun cadeau. Si tu ne signes pas maintenant, alors tous les gens que tu aimes mourront. Décide-toi !

Je vous avouerai qu’à ce moment là, peu m’importait que ce pacte me gâche la vie. Mais ce qui me surprit le plus fut le peu d’humanité qui résidait à l’intérieur du secrétaire.

  • D’accord, j’accepte de signer, répondis-je avec regret.

Le secrétaire fut alors comme soulagé de ma réponse. Il me regarda d’un air

doux et me dit :

  • Avant que tu signes, je voudrais te prévenir qu’il ne faudra pas trahir ton engagement envers le Diable. Le cas échéant, tu te métamorphoseras en un monstre comme moi qui oblige les honnêtes gens à servir le diable. Avant, j’étais un humain qui possédait un cœur et je ne souhaite pas te voir en monstre, enfermé dans ce cou-cou. Sur ce, je te souhaite bonne chance pour la suite et te laisser poser ta signature au bas de ce pacte.

Je tendis la main. Le secrétaire sortit un plume de corbeau de sa poche. Je m’apprêtais à serrer le contrat de mes mains quand tout à coup le secrétaire me planta la plume dans le bras. Bizarrement, je ne ressentis aucune douleur. Une goutte de sang coula sur le pacte, puis mon nom apparut au bas de celui-ci. Comme le secrétaire me l’avait prédit, une mission apparut au bas du contrat.

Soudain, une lumière rouge jaillit du pacte et je m’évanouis. A mon réveil, j’étais sur un lit d’hôpital. Ma mère, ma soeur, mais aussi mon père se tenaient  à mon chevet. Surpris, je leur demandai de m’expliquer ce qu’ils faisaient tous là. Ils me répondirent que j’avais perdu connaissance pendant trois jours, ils m’avaient retrouvé allongé par terre dans ma chambre le lendemain de Noël, lorsqu’ils étaient rentrés de l’aéroport après y avoir emmené ma grand-mère.

  • Où est grand-mère ? m’inquiétai-je en regardant ma mère.

  • Elle est rentrée en Allemagne chez elle.

Je fus soulagé à l’annonce de cette nouvelle, puis une goutte sortie de nulle part tomba sur une blessure que je n’avais pas remarquée. En réfléchissant bien, c’était là que le secrétaire m’avait planté la plume. Bizarrement, la blessure s’évapora au contact de la goutte et un grand sourire vint embellir mon visage.

Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis. Pourtant, je ne sais pas si cette aventure n’était qu’un rêve ou si elle s’est vraiment produite.

  • Qu’en pensez-vous, docteur ?