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COLLEGE DES COUDRIERS
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Meurtres à Stanmore

de Cédric

Le soleil fait son apparition derrière les nuages d'un blanc éclatant, éclairant ainsi la belle ville de Stanmore située dans le sud de l'Angleterre. Il est deux heures de l'après-midi, les sous-bois de la forêt des environs s'éclaircissent enfin après la matinée sombre que le ciel a apportée ; les animaux de celui-ci, pointant leur truffe à l'affût des quelques rayons de soleil, se remettent à gambader par-ci et par-là, les oiseaux prennent leur envol en direction de la ville, en importants groupes, quelques familles viennent se poser dans l'espace forestier pour y pique-niquer.

Pendant ce temps-là, la ville de Stanmore reprend ses activités habi­tuelles, les artisans, les vendeurs, les bouchers, les boulangers se remettent au travail. Dans les rues, des passants se pressent devant les magasins. Les cloches de l'église Sainte Christabel se mettent à sonner les deux heures, quand tout à coup un puissant cri macabre, qui déchira l'ambiance paisible de cette après-midi, se fit entendre. Du haut de l'église, un corps humain ensanglanté et lacéré dégrin­gola pour ensuite s'écraser au sol, en plein sur la place de l'église, dans un bruit mat. Au milieu de quelques personnes extrêmement choquées, le corps mutilé et inerte baignait dans une flaque de sang jusqu'à l'arrivée de la police et du commissaire.

Aussitôt sur place, les policiers firent s'éloigner l'attroupement de personnes entourant le corps et étendirent leurs bandes de sécurité. Plusieurs personnes interrogèrent le commissaire, dont Mr. Lordi qui avait l'air bouleversé de ce qui venait de se passer et qui de­manda de plus amples informations. Le commissaire n'eut pas le temps de répondre, car il fut interrompu par un citoyen qui lui lan­ça :“ En tous cas il l'a bien mérité, et cela ne pourra être qu’un soulagement ! ”, puis il disparut dans la foule. Le commissaire tenta de le rattraper, mais c'était sans espoir car comment reconnaître quelque chose dans cet attroupement. Il décida de faire demi-tour, quand il aperçut au loin un individu sortir d’une porte située à l’arrière de l’église, vêtu d’un pull noir avec un drôle de dessin sur­monté d’un nom illisible, d’un grand manteau avec un capuchon qu’il avait soigneusement enfilé sur sa tête pour sans doute ne pas être reconnu. Quelques secondes après, il avait déjà disparu. Le commissaire s’empressa de retourner près du corps tombé du clo­cher afin d’avertir les policiers présents de la chose qu’iI venait de voir. Après quoi, les hommes de la police emmenèrent le corps dans une ambulance et repartirent à leur bureau pour commencer l’enquête.

Dès le lendemain matin, les premiers témoins de la chute mortelle furent priés de témoigner au plus vite, en se rendant au commissa­riat.

M. Walles fut le premier à se présenter. C’était un homme d’affaires qui à ce moment-là se rendait chez des clients pour régler quelques papiers.

  • Vous n’avez rien vu d’anormal dans le haut du clocher avant le drame?

  • A vrai dire, je n’ai pas regardé et fait attention à ce qui se pas­sait là-haut avant le meurtre, et je dis bien meurtre, car selon moi ceci fut arrangé, car dès que le cri résonna, j’ai regardé autour de moi et il a fallu quelques secondes avant que je n’aperçoive ce corps mutilé tomber comme un oiseau mort. Les cris précédant la chute provenaient sans doute de la douleur apportée par la mu­tilation faite par l’agresseur.

  • Merci, monsieur, pour vos commentaires et votre version des faits, tout cela paraissant vraisemblable. Vous pouvez vous retirer.

Le commissaire fit auditionner encore plusieurs témoins qui, à quel­ques détails près, semblaient dire la même chose, jusqu’à ce qu’un élément nouveau fut apporté par un certain Mr. Lordi qui se trou­vait être la personne qui avait questionné le commissaire après le drame.

  • Je suis sûr que c’est un suicide ; je le connaissais bien et il me paraissait perturbé ces derniers temps.

  • Comment le connaissiez-vous ?

  • Je le connaissais grâce au travail, car il était promoteur dans l’entreprise qui m’emploie.

  • Mais comment expliquez-vous ces traces de mutilation qu’il  portait sur le corps ?

  • Ça, je ne comprends pas! J’espère en tous cas que j’ai pu vous être utile.

  • Ah… Juste encore une simple question. Connaîtriez-vous ou avez--vous déjà vu un individu assez grand, portant un immense man-teau noir et un pull avec sur le devant une très grande photo de…zut, je n’arrive plus à me souvenir de sa forme. Bref, une très grande photo.

Mr.  Lordi réfléchit un instant puis répondit:

  • Non, cela ne me dit rien.

  • Je vous remercie pour vos indications.

Le témoin se leva et repartit en refermant brusquement la porte. Il fallait maintenant aller interroger la famille du défunt. Le commis­saire ne tarda pas, en compagnie de deux de ses hommes, à se ren­dre au domicile des parents de la victime, Mr. et Mrs Mac Guire. Ces derniers habitaient en campagne dans la banlieue de Soulstreet. Durant le trajet, l’ambiance était lourde autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du véhicule. Le ciel annonçait de gros nuages précur­seurs d’orages. A l’intérieur, pas un mot, pas une réflexion, chacun était perdu dans ses pensées imaginant les pires histoires concer­nant l’affaire si peu banale qui venait de toucher leur district. Arri­vés devant une vieille maison en pierre entourée d’un jardin très coquet, ils parvinrent à la porte d’entrée et firent retentir une clo­che en guise de sonnette. Une dame d’un certain âge vint leur ou­vrir, c’était Mrs Mac Guire, la mère du défunt. Elle parut assez inquiète à la vue du commissaire et des deux hommes qui l’accompagnaient. Elle les fit tout de même rentrer.

  • Bonjour, madame, nous désirons juste vous poser quelques ques­tions, à vous et votre mari,  concernant votre fils.

  • Les membres de la vieille dame se contractaient de plus en plus et son regard était étonné.

  • Mais, il me semble vous connaître ou vous avoir déjà vu ? dit-elle.

  • Oh, vous savez, je fais plusieurs enquêtes et il est possible que vous m’ayez déjà aperçu, répondit le commissaire qui était deve­nu soudain très livide.

  •  Bien, mais venez donc au salon. Voulez-vous boire quelque chose?

  • Non merci, mais c’est gentil.

  • Edouard! Edouard! cria-t-elle.

Mais personne ne répondit.

  • Excusez-moi, mais je vais voir ce que mon mari fabrique encore.

Elle longea un couloir qui menait à une chambre, ouvrit la porte et un hurlement déchirant sortit de sa bouche. Le commissaire ainsi que ses hommes accoururent, et ils découvrirent Mr. Mac Guire, égorgé, gisant sur son lit.

Après avoir fait les examens d’usage et calmé la vieille femme, le commissaire lui demanda:

  • Je sais que c’est un moment très dur, mais avez-vous une idée de qui aurait pu faire cela ?

Mrs Mac Guire, les yeux remplis de larmes, commença une phrase qui semblait être:

  • Oh! Bien sûr que non. Mais vous, je sais qui......

Au même moment, un coup de feu retentit et une balle toucha la vieille femme, suivie d’un autre projectile qui l’acheva. Les coups avaient été tirés dans son dos, c’est-à-dire que le meurtrier aurait attendu qu’ils découvrent le corps du mari pour tuer sa femme.

Donc le meurtrier devait être placé de l’autre côté du couloir. Le commissaire et ses hommes, armes à la main, se dirigèrent en cou-rant en direction de l’autre bout du couloir, mais rien ne paraissait suspect, une fois arrivés sur place. C'est alors que le commissaire remarqua qu'une petite fenêtre entrouverte, située dans la salle à manger se trouvant à l’autre extrémité de la maison, était pile dans l’axe de la chambre où les deux cadavres gisaient. Il glissa sa tête à travers la fenêtre qu'il ouvrit à son maximum pour essayer d'y voir quelque chose, mais tout était désert. Il appela ses équipiers et les chargea d'aller inspecter le jardin afin d'y trouver peut-être des in-dices.

Pendant ce temps, le commissaire se chargea d'appeler une équipe qui s'occuperait des corps pendant qu'il poursuivrait son enquête. Il attendit la patrouille et rejoignit ses hommes qui continuaient, en vain, à rechercher des indices. Tout à coup, l’un d'eux découvrit un petit morceau de tissu noir, accroché à l'une des clôtures de la pro­priété. Ils s'emparèrent de cette trouvaille et se rendirent à leur voiture. Le commissaire ordonna à la patrouille de faire venir des hommes pour surveiller le lieu du double crime, jusqu'aux prochaines  nouvelles, avant de prendre le volant. En chemin, il fit part de ce qu'il avait vu à ses collaborateurs, le jour du premier meurtre concernant l’individu en noir qu'il avait aperçu sur les lieux. Ceux-ci parurent intrigués. Arrivé non loin de leur bureau, le commissaire donna un immense coup de frein qui bloqua  net le véhicule. A une cinquantaine de mètres, un homme vêtu d’un long manteau noir déambulait dans la rue.

  • Je suis sûr que c'est l’homme que j'ai vu derrière l’église, j'en suis sûr! cria-t-il.

Le suspect s'engouffra dans un magasin d'armes qui se trouvait dans cette rue. Le commissaire fit signe de sortir et, arrivé devant la devanture de la boutique, il s'exclama :

  • Regardez son manteau, il me semble qu'il est troué. Ma parole, je crois bien qu’on le tient !

Avec précipitation, il ouvrit la porte, entra dans le magasin, suivi de ses collaborateurs, et alla droit vers l’homme en noir. Celui-ci le regardait d'un air d'incompréhension et d'angoisse.

  • Enfin, nous vous tenons! déclara le commissaire.

Tous trois se jetèrent sur le suspect afin de lui passer les menottes. Avec véhémence, l’individu ne cessait de répéter :

  • Ce n'est pas moi que vous devez arrêter, vous vous trompez de personne, lâchez-moi !

Malgré ses cris et faisant totalement abstraction de ses propos, le commissaire chargea ses deux hommes de l’enfermer dans leur voi­ture et de le garder sous surveillance pendant qu'il poserait quelques questions au vendeur du magasin qui s'avérait être une femme.

  • Excusez-moi, madame, de cette brusque intrusion, mais nous pensons avoir mis la main sur un dangereux criminel. Est-ce que par hasard vous savez ce qu'il venait faire ici ?

  • Oh! vous voyez cet argent, il devait venir le récupérer car....

Au même moment, juste avant de sortir du magasin, l’homme qui venait d'être arrêté fit un clin d'œil à la  vendeuse et lui montra d'un signe de tête une des armes qui était exposée.

  • Euh... car il venait pour se faire rembourser le prix d'une arme achetée dernièrement, lui répondit-elle.

  • Donc il vous avait acheté une arme ; et vous a-t-il dit pourquoi ?

  • Oui, je crois qu'il en fait une collection et qu'il s'est rendu compte qu'il possédait déjà le même modèle.

  • Intéressant, intéressant… En tous cas, merci pour vos indications. Je dois maintenant vous  laisser.

Le commissaire fit volte-face et sortit de la boutique en claquant la porte. Arrivé à  son bureau, il tint à faire lui-même l’interrogatoire du suspect.

  • J'espère que vous allez être coopératif, mon cher Mr. Hetfield. Est-ce vous qui avez tué Mr. Mac Guire ainsi que ses parents? Si oui, pouvez-vous m'en dire les motifs ?

  • Je vous le répète, je n'ai rien fait, alors libérez-moi !

  • Vous savez, nous avons peut-être une preuve qui vous accuse.

  • Ah oui, et laquelle ?

  • Ceci, ce morceau de tissu noir, provenant du jardin du couple Mac Guire. Bizarre, non? II s'agit du même tissu que celui de votre manteau, qui s'avère être troué. Drôle de coïncidence, non? lança le commissaire, d'un ton ironique.

L'accusé prit un air abasourdi.

  • Puis-je examiner votre manteau ?

Sans attendre de réponse, il saisit, d'un poing ferme, le fameux manteau et constata que la déchirure qui balafrait le côté droit de celui-ci n'avait pas du tout la même forme que le bout de tweed qu'il tenait entre ses mains.

Le commissaire bredouilla:

  • Mais, je ne comprends pas !

  • Bon, vous voyez bien que ce n'est pas moi, alors ne me cassez plus les…, il s'interrompit. Vous allez bientôt me libérer ou quoi ?

  • Eh, attendez, cela ne prouve quand même pas votre innocence, car je suis sûr de vous avoir vu sortir de derrière l'église, le jour de  l'assassinat, et je précise assassinat car malgré les dires ce n'était pas un suicide.

  • Ok, c'était bien moi, mais ce n'est pas moi qui ai tué ce type tombé du clocher de l'église ainsi que ses parents.

  • Alors, qui était-ce, d'après vous ?

  • Bien, alors je vous le dirai seulement si vous me libérez et que vous me protégez jusqu'à son arrestation.

  • D'accord !

  • En fait, j'ai surpris l'assassin en train d'effectuer le premier meurtre, celui de l'homme mutilé tombé du clocher ; alors pour ne pas le dénoncer, il m'a proposé de l'argent contre mon silence, et j'ai accepté. Vous êtes impatient de connaître son nom, n'est-ce pas ?

  • Allez-y, continuez !

  • Eh bien, je ne connais pas son nom, mais je peux vous dire que l'homme que vous cherchez est le patron de l'armurerie et l'argent sur le comptoir est celui qu'il me devait.

Le commissaire avait l'air complètement défait. Après avoir repris ses esprits, il lui demanda:

  • En êtes-vous sûr ?

  • Evidemment que j'en suis sûr !

  • Savez-vous que vous risquez une peine grave pour avoir accepté l'accord de l'assassin ?

  • Mais il allait me tuer sinon.

  • C'est la loi, mon cher monsieur.

  • Je me suis fait rouler, on avait fait un marché. Ça veut dire que vous allez me garder ?

  •  Exactement. Savez-vous encore quelque chose concernant cet individu ?

  •  Non, je n'ai plus rien à dire, lui répondit-il d'un air sec.

  • Votre complice n'était pas là lors de votre arrestation, alors il faudra attendre demain pour aller lui rendre une petite visite. En attendant, je vous laisse avec mon collègue qui prendra votre dé­position.

Le commissaire se rendit près de son supérieur et lui annonça qu'il s'occuperait le lendemain de ce fameux meurtrier. Etonnamment, son chef lui rétorqua:

  • Oh non, vous avez déjà donné assez de votre temps pour cette enquête, alors nous allons la confier à l'un de vos collaborateurs.

  • Mais, monsieur le divisionnaire, je...

  • Ne discutez pas les ordres, d'autres affaires vous attendent !

  • Ah, j'oubliais ! Je n'ai pas pensé à interroger les religieux de la paroisse , ils ont peut-être vu quelque chose ; car êtes-vous sûr, avant d'aller à sa recherche, que l'individu présumé coupable a vraiment quelque chose à voir dans cette affaire et que l'individu arrêté nous dit la vérité ?

  • Les empreintes d'ADN nous le diront. Nos équipes chargées des autopsies ont examiné le corps de Mr. Mac Guire, et il paraît que le meurtrier était vraiment doué, car aucune trace d'ADN étran­ger n'a été trouvé, sauf sur un petit endroit de la grandeur d'une empreinte de doigt. II faut dire que nous avons du personnel très bien qualifié dans ce domaine, et pas que dans celui-là.

Le commissaire prit un air défait.

  • Bon, pour en revenir à votre initiative, faites comme bon vous semble mais demain, lorsque nous aurons plus d'informations sur celui que nous recherchons et lors de son interpellation, vous resterez en dehors de cela. Je pense qu'il vous faut un peu de repos. Je vais vous laisser maintenant, j'ai  du travail à terminer.

Il s'éclipsa, laissant notre commissaire seul avec ses pensées. Après quelques minutes de réflexion, il se décida à rendre une visite aux religieux, en quête de leurs témoignages.

Arrivé sur place, il ouvrit les portes de l’église et s'y engouffra, fai­sant le signe de croix au passage. Devant l'autel, il vit un prêtre af­fairé à installer des cierges. Ce dernier se retourna subitement et demanda d'une grosse voix ce que le commissaire venait faire en ces lieux.

  • Je désirerais savoir si l'un d'entre vous avait vu ou entendu un quelconque individu descendre du haut du clocher au moment du meurtre?

Le prêtre descendit de son escabeau et lui répondit :

  • Si mes souvenirs sont bons, il m'a semblé entendre quelqu'un descendre mais j'ai pensé que cela devait être l’un des frères de la communauté, alors je n'ai pas fait attention.

  • C'est tout ce que vous pouvez me dire, mon père ?

  • Désolé, mais c'est tout.

En le remerciant, le commissaire se retourna et se dirigea vers la sortie de la Maison de Dieu.

Assis au volant de sa voiture, il décida tout à coup de se rendre, malgré le désaccord de son supérieur et le manque de preuve pour l’arrestation du suspect, chez ce dernier, armurier de profession.

Il stoppa, juste avant la zone piétonne, et se rendit à l’armurerie qui se trouvait à cinquante mètres. Face à la devanture, il se trouva devant une porte close malgré le panneau “OUVERT” placé sur la vitrine.

  • Oh non! ce n'est pas vrai! A moins que... j'espère bien que oui! marmonna-t-il.

Mais que voulait-il dire par là ?

Le lendemain, en allant à son bureau, le commissaire apprit qu'une autre équipe avait repris son affaire et qu'elle s'occupait de l’arrestation du suspect. Malheureusement l’armurier n'était pas à sa boutique.

Après quelques minutes d'interrogatoire, la vendeuse finit par avouer aux policiers, ce qu'elle avait entendu murmurer par son patron : “ Ah, je vais m'y réfugier. Que Dieu me protège en ce lieu! ”.

C'est tout ce qu'elle semblait avoir entendu.

  • Mais bien sûr! dit l’un des hommes. L'église, le clocher, mainte­nant que nous les avons inspectés de fond en comble et que nous n'en avons plus l'utilité, c'est un endroit plutôt tranquille et assez sûr.

Déambulant devant l'église, ils prirent chacun leur arme et montè­rent en file indienne par une petite porte, située à l'arrière du bâtiment, jusqu'en haut du clocher, où le premier des policiers trouva le suspecté Mr. Blackmoore, agenouillé, l'air défait et surtout ahuri avec des étincelles de colère dans ses yeux bleus vitreux.

La troupe lui passa les menottes, non sans mal, et le fit descendre jusqu'à la fourgonnette prévue à cet effet. Le prévenu ne cessait de dire :

  • Il verra, celui-là, si il ne m'aide pas! J'attendrai le bon moment.

On le passa à l'interrogatoire, mais il refusa de dire quoi que ce soit, malgré les preuves qui jouaient contre lui, c'est-à-dire les emprein­tes d'ADN retrouvées en quantité infimes sur le corps, durant l'autopsie.

Le commissaire, écarté de l'affaire, ne cessait de demander ce que le présumé assassin avait pu dire, comment il était, qu'avait-il l'air de penser. Pour toute réponse, on lui formula la seule phrase qu'il avait dite: “ Il verra celui-là, si il ne m'aide pas! J'attendrai le bon moment! ”

Notre commissaire médita ça dans sa tête.

  • Avez-vous une idée de qui peut-il bien parler? lui lança un homme chargé maintenant de l'affaire.

  • Euh, non. Je ne vois vraiment pas, lui répondit le commissaire.

Quelques jours avant le procès, le commissaire fut convoqué par son supérieur afin d'être averti de la date à laquelle l'accusé comparaîtrait  devant la justice.

Dès qu’iI eut terminé, il en profita pour annoncer qu’iI allait prendre des vacances dès le lendemain. Sur ces mots, son supérieur rétor­qua:

  • Ah, ça non! Je vous l'interdis vivement.

  • C’est pourtant ce que vous m'avez recommandé, prendre du re­pos, alors c’est ce que je fais.

  • Je vous autoriserai tout le temps de repos que vous voudrez, mais seulement après le procès. Il ne reste plus que quatre jours avant celui-ci.

  • Etes-vous sûr que ma présence soit bien utile lorsqu’iI se déroulera ?

  • Oh oui! mon cher. C’est pour cette raison que je veux absolu-ment que vous soyez présent ce jour-là, sous peine de licencie-ment. Je veux une équipe efficace sans désistement. Je compte sur vous !

Sur ces mots, le commissaire, qui en avait pris un coup, se retira. Il ne lui restait plus qu’à attendre le procès et y être présent.

 

L’entrée des premières personnes participant au procès ne se fit pas attendre. Il était neuf heures du matin lorsque les jurés prirent place dans les bancs qui leur étaient destinés ainsi que le greffier muni d’une machine à écrire. Ensuite entrèrent la défense suivie de l’accusation sous l’œil attentif du huissier du tribunal.

L’accusé principal, Mr. Blackmoore, fit son entrée entouré de plu­sieurs policiers suivi  ensuite de Mr. Hetfield, deuxième accusé pour avoir accepté de l’argent contre son silence. Pour finir, les person­nes désirant assister au procès, comme le commissaire, firent leur entrée avant la fermeture des portes. Dès lors, le juge prit place, ouvrit son code pénal, sortit ses documents et déclara la séance ou­verte à l'aide de son marteau.

Un nombre important de témoins ayant vu la scène, connaissant les victimes ou ayant eu des liens avec l'accusé, se succédèrent à la barre.

L'accusé ne voulait toujours rien dire malgré les nombreuses preu­ves qui le mettaient en tort telles que les empreintes ADN, les affir­mations de Mr. Hetfield, les descriptions de la vendeuse de l'armurerie, etc... Dans tous les cas, son avocat le défendait avec vigueur et conviction.

Ce fut bientôt à Mr. Blackmore de venir exprimer ce qu'il avait à dire. Dans un silence pesant, on l'appela à la barre devant laquelle il se rendit d'un pas traînant.

Le juge s'empressa de dire:

  • Alors Mr. Blackmoore, la parole est à vous. Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ?

  • Oui, Monsieur le juge, je pense que le moment est enfin arrivé de révéler cette histoire du début jusqu'à la fin.

Le commissaire ainsi que ses supérieurs le regardaient d'un air ahuri.

  • Effectivement, c'est bien moi qui ai, je l'avoue, commis ces meurtres.

Un tonnerre d'exclamations survint, suivi d'un silence.

  • Mais ce que vous ignorez, c'est que l'on m'a bel et bien payé pour ça.

Là encore, des exclamations retentirent.

  • Maintenant je vais vous expliquer. La personne qui m'a payé pour tuer a eu dans sa jeunesse de gros incidents. Nous allons appeler cette personne X. Voyez-vous, quand X avait à peu près dix-huit  ans, il habitait avec ses parents dans une magnifique maison un peu éloignée de la ville. Par une magouille financière,  leurs voisins, qui n'étaient autres  que la famille de Mr. Mac Guire, délesta la famille de X de leur maison. De ce fait, X et ses parents se retrouvèrent sans abri faisant la risée de Mr. Mac Guire, fils, qui n'avait alors que dix-sept ans.

    Le chagrin fut tellement immense pour les parents de X qu'ils se suicidèrent en se pendant tous les deux. Voyant cela, X qui n'était encore qu'un adolescent se jura de venger ses parents, un jour ou l’autre. Et c'est aujourd'hui, en 2004, que X prit sa revanche après les avoir retrouvés.

    Ne pouvant le faire lui-même, X m'a convoqué, moi, ayant la ca-pacité et surtout la possibilité immédiate de parvenir à ses désirs. Je sais et je regrette mon geste, mais sur le moment l’argent me paraissait être une priorité, et de plus, sachant certaines choses compromettantes à mon sujet, il exerça sur moi un chantage. Acceptant le marché, j'ai donc attiré Mr. Mac Guire derrière l’église, après quelques jours d'observation de ses déplacements.

    Je lui ai administré une petite dose de chloroforme pour qu’il s'assoupisse. Ensuite, je l’ai traîné jusqu'au clocher par une en­trée dérobée. Dans les escaliers, une personne m’ayant vu par malheur me rattrapa et me demanda un peu d'argent pour ou­blier ce qu'il avait vu. Ne voulant pas user de mon revolver, car trop bruyant, j’acceptai.

Dès qu’il eut fini, Mr. Hetfield se redressa brusquement.

  • Ah voilà qui explique tout! dit le juge. Et puis vous, Mr. Hetfield, vous n'aviez pas dit par hasard que c’était Mr. Blackmoore qui vous avait menacé et payé à son bon vouloir? Etes-vous sûr que ce n'était pas l’inverse ?

  • Je n'ai pas fini, reprit raccusé. Après cette interruption, j'ai em­mené le corps jusqu’en haut pour ensuite le pousser dans le vide, faisant croire au suicide. Mais le bémol fut que l’effet du chloro­forme ne dura pas assez longtemps alors, avant que je ne le pousse, il se réveilla et se débattit. Pris de panique, je saisis un crucifix qui se trouvait là et frappai plusieurs fois le corps de la victime. De ce fait, je n’ai pas eu besoin de le pousser car, voulant éviter un coup, il recula et tomba dans le vide. Bien sûr, tout ceci, je le fis avec des gants. Il ne me restait plus qu'à sortir vite de cet endroit. C'est en bas, que je m'aperçus qu'un minuscule trou s'était fait sur mon gant, mais je ne m'en suis pas plus inquiété. Voilà pour le premier meurtre.

    En ce qui concerne le deuxième, X m'a simplement donné une date, et une nuit je suis allé forcer une petite fenêtre chez les pa­rents de Mr. Mac Guire afin que le jour J je puisse y glisser mon arme et tuer Mrs Mac Guire. Le jour suivant, je me suis caché, en début de journée, dans le jardin et j'ai attendu la venue du père de la première victime pour lui sauter dessus et l'égorger. En­suite, je suis rentré dans sa chambre par la fenêtre et j'ai tiré avec peine son corps jusqu'au lit où je l'ai soigneusement installé. C'était vraiment macabre. Dès que ce fut fini, il ne restait plus qu'à attendre que Mrs Mac Guire trouve son mari et de cet endroit il m'était facile de la viser. Les coups de feu tirés, je me suis em­pressé de filer dans le jardin où j'ai accroché un pan de ma veste à une barrière, ce dont je ne me suis pas aperçu tout de suite. Et voilà, les meurtres étaient accomplis.

    J'avais prévu d'aller vivre, après cela, dans une maison de va­cances, que je possède de l'autre côté de la mer, en Bretagne, en attendant que cette affaire passe. Il me fallait juste attendre, que la personne qui m'avait vu, vienne chercher son argent à mon magasin, en faisant passer ça pour un remboursement d'arme qu'il était censé avoir achetée.

    Il  vint bien, mais un peu tard, ce qui ne m'arrangea pas car je voulais partir avant tout soupçon. Lorsque j'ai appris que la police s'intéressait à moi, je suis allé me cacher dans l'endroit où le premier meurtre a été commis, en attendant la nuit pour partir. Malheureusement, à ma grande surprise, parce que je croyais que c'était un lieu sûr car toutes les fouilles de cet endroit avaient été faites, on me découvrit quand même.

    Je crois que je vous ai tout dit. Mais voyez-vous, je suis quand même triste de voir que X ne m'a même pas aidé ou ne s'est même pas dénoncé pour que l'on partage la même peine. En tous cas, cela m'apprendra qu'il ne faut pas céder à un chantage même accompagné d'argent car on se fait toujours avoir.

    Alors maintenant, n'ayant plus rien à perdre, je ne peux que vous révéler le nom de celui qui m'a utilisé afin d'assouvir sa propre vengeance.

D'un geste de mépris,  il pointa alors d'un coup son index en di-rection du… du commissaire ! ! !