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Le coin lecture

L’impensable

Je tournai et retournai l’appartement de fond en comble, je ne trouvais rien. Les corps de mes parents étaient allongés par terre, avec chacun une balle dans la tempe. Je ne comprenais pas pour quel motif ils avaient été tués. Tout ce que je réalisais en ce moment, c’était que la haine me rongeait et m’obligeait de plus en plus à me retirer du monde extérieur pour ne plus penser qu’à mon enquête.
Je ne mangeais plus assez pour maintenir mon corps en forme, je devenais comme obsédé par cette affaire. Les rares fois où je devais sortir, c’était pour aller faire mes courses ; je ne rencontrais presque plus personne. J’étais en train de m’autodétruire moralement et physiquement. Je devenais, pour ainsi dire, un ermite. Je ne rasais plus ma barbe, mes cheveux devenaient longs, mon visage s’affaissait et je ne ressemblais plus à rien.
Après quelques mois, je décidai donc d’arrêter ce supplice que je m’infligeais à chaque instant de mon existence, et de tourner une sombre page de ma vie, qui m’avait fortement marquée. J’acceptai le meurtre de mes parents et ma défaite qui pesait lourd sur ma conscience.
Je me rendis à mes emplacements habituels pour retrouver collègues et camarades, qui depuis longtemps ne m’avaient aperçu. Mais leur accueil ne me parut pas des plus chaleureux. Aucun d’eux ne me rendit mon salut, et ils continuèrent à converser sans se rendre compte de ma présence. Il me parut qu’ils ne pouvaient ni m’apercevoir, ni m’entendre. Mes tentatives furent vaines ; quoi que je fasse, rien ne changeait. J’avais parlé, crié, supplié jusqu’à ce que ma gorge se déchire. Je fus pris d’hystérie, je ne contrôlais plus mes actes. La folie avait conquis mon corps et mon esprit, je ne pouvais accepter ce qui était à mes yeux l’inacceptable : la marginalisation.
Après plusieurs échecs, je m’allongeai par terre à bout de force, épuisé après avoir tant donné pour me faire remarquer. Mais, peu à peu, l’obscurité commença à s’emparer de l’environnement, tout devint sombre ; je fus oublié de tous dans le néant total, et moi, qui ne les avais pas oubliés, continuais à les entendre, dans cet atroce cauchemar.

Un élève des Coudriers

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