UNE BALLADE PAS COMME LES AUTRES

 

 

Je vais vous raconter une histoire qui s'est passée dans un château pendant une ballade, en compagnie de quelques copains.

C'était en 1990. J'étais parti en randonnée avec des amis en montagne. Le temps était magnifique, il y avait du soleil, il n'y avait aucun nuage à l'horizon et le chant des oiseaux rendait le paysage encore plus beau.

Nous avions déjà marché plus de cinq heures et nous décidâmes de faire une pause pour grignoter quelque chose. Nous nous assîmes dans une prairie. Nous étions en train de manger et Fabian vit un château un peu plus haut dans la montagne. Nous prîmes alors la décision d'aller voir ce château de plus près.

Nous étions presque arrivés au château, la nuit tombait et le ciel se couvrait de nuages.

Cette demeure était vraiment énorme : il y avait au moins quatre étages. Je la regardais et je crus apercevoir une ombre bouger devant une fenêtre au dernière étage. La pluie commençait à tomber, le vent gelé nous glaçait d'effroi.

Nous étions tous morts de fatigue et mouillés de la tête au pied. Léo proposa que nous sonnions à la porte pour voir si quelqu'un habitait dans cette maison. Ana frappa deux gros coups à la porte ; personne ne vint ouvrir. Alors, tout doucement, je pris l'initiative d'essayer d'ouvrir la porte.

Elle n'était pas fermée à clé, je la poussais tranquillement, elle s'ouvrit en grinçant.

Léo fut le premier à rentrer et nous l'avons suivi tous agrippés les uns aux autres.

J'allumai la lumière et nous fûmes tous éblouis. Au fur et à mesure que nos yeux s'habituaient à cette luminosité, nous pûmes distinguer de superbes tableaux accrochés aux murs avec des bordures dorées. Sur ces mêmes murs étaient disposés de splendides trophées de chasse.

Je pus entrevoir devant moi un gigantesque escalier de marbre blanc qui tourbillonnait dans les étages.

Nous visitâmes la maison tous ensemble. Il y avait d'innombrables chambres. Les salles de bains étaient toutes plus grandes les unes que les autres et nous avions trouvé une bibliothèque avec des milliers de livres.

Nous prîmes la décision de réunir tous les lits dans le grand salon de la salle à manger. Ensuite, nous allâmes tous prendre un bain pour nous réchauffer un peu et allâmes nous coucher.

Le jour se levait. Je fus le premier à me réveiller et j'allai préparer le petit-déjeuner pour tout le monde.

Il faisait beau, mais il y avait encore quelques nuages dans le ciel.

 

Tout le monde fut enfin réveillé. Nous passâmes à table quand un bruit retentit quelques étages plus haut. Fabian et Alexandra montèrent voir ce qui s'était passé. Quelques minutes plus tard Alexandra et Fabian revinrent nous rejoindre à table. Alexandra tenait un livre dans les mains ; elle nous expliqua que c'était ce même livre qui en tombant avait provoqué le bruit que nous avions entendu, c'était, à en croire le titre, un livre de sorcellerie.

Ana lut ce bouquin pendant toute la journée. Elle m'expliqua ensuite qu'il parlait d'esprits maléfiques que nous pouvions faire apparaître en disant quelques incantations.

Il était neuf heures, nous étions à table en train de manger et Ana nous racontait ce qu'elle avait lu dans le livre. Elle nous demanda si nous ne voulions pas essayer ce soir d'appeler un de ces esprits. Nous fûmes tous d'accord : de toute manière, il n'y avait rien d'autre à faire dans cette maison.

Tout le monde fut d'accord et nous nous donnâmes rendez-vous dans le grenier aux alentours de minuit.

Il était minuit et nous étions déjà tous prêts à commencer. Les filles avaient déniché des bougies, que nous disposâmes à nos pieds.

Ana débuta sa lecture (je ne comprenais pas un mot de ce qu'elle pouvait raconter), ensuite elle s'interrompit et dessina à l'aide de farine une sorte de cercle avec, en son centre, une étoile. Elle reprit la lecture. A la fin d'un long chapitre, elle nous demanda de répéter une phrase après elle.

- Esprit du mal es-tu là ? si oui frappe un coup. -Dit-elle.

Et nous nous répétâmes : - Esprit du

Nous n'avions même pas fini de dire notre phrase quand toutes les bougies s'éteignirent d'un seul coup, même si toutes les fenêtres et les portes étaient fermées.

J'étais intrigué. Je rallumai toutes les bougies. A partir de ce moment, je commençai à avoir peur. L'angoisse montait en moi. Ana nous apprit qu'il était marqué dans le livre que si une seule des bougies s'éteignait, il fallait tout recommencer. Ana reprit sa lecture du début.

Je m'endormais presque, Léo me réveilla car nous étions enfin arrivés au moment où il fallait répéter après elle.

Elle dit :

- Esprit du mal es-tu là ? Si oui frappe un coup. Elle répéta.

Et tout le monde en choeur reprit :

- Esprit du mal es-tu là ? Si oui frappe un coup.

Et là, à la surprise de tout le monde, nous entendîmes un gros bruit sourd, le même qu'il y avait eu quand Ana frappa à la porte quand nous arrivâmes au château.

Quand j'entendis ce bruit, mes yeux et ma respiration se bloquèrent. Je restai immobile pendant au moins trois minutes. Ce fut à ce moment que Léo éteignit les bougies, ralluma la lumière et nous demanda d'aller voir ce qui était derrière la porte.

Nous descendîmes tous ensemble, Alexandra ouvrit la porte...

Ouf, il n'y avait rien derrière.

Mais quand nous nous retournâmes nous vîmes une ombre, une ombre immense. J'ouvris la bouche pour crier mais aucun son ne sortit de ma bouche. J'étais terrifié, terrorisé, mon sang se glaça dans mes veines.

La chose ouvrit les yeux : elle avait des yeux verts fluorescents, un peu comme un alien. Ensuite elle disparut et nous prîmes tous la fuite.

Pas question de rester une minute de plus dans ce château : nous réunîmes nos affaires et partîmes dans la minute qui suivit.

Il devait être vers les trois heures du matin, nous marchions dans la montagne sans savoir où nous allions. Je marchais avec Ana qui m'expliqua que l'esprit que nous avions appelé contrôlait le subconscient de ses victimes et leur faisait faire tout ce qu'il voulait.

C'était l'aube, nous étions épuisés. Nos sacs pesaient une tonne. Je proposai de faire une pause. Ana, Léo et moi nous nous arrêtâmes, contrairement à Alexandra et Fabian qui décidèrent de continuer tout seuls.

J'étais en train de boire de l'eau, quand je vis Fabian et Alexandra près d'une falaise. Soudain, à ma grande stupeur, Fabian poussa Alexandra dans le vide. Pris de folie, il sauta à son tour.

C'était l'oeuvre de l'esprit maléfique.

Nous prîmes la fuite, nous courions aussi vite qu'un guépard. Nous arrivâmes sur une route, je demandai à une voiture de s'arrêter. Elle nous prit et nous emmena en ville. De là nous allâmes avertir la police. On leur raconta ce qui s'était passé. Ils ne voulurent pas nous croire, mais sont quand même allés voir s'ils trouvaient nos compagnons.

La police ne retrouva jamais Alexandra et Fabian.

J'ai aujourd'hui 31 ans. Une semaine après ce drame, je suis parti de Suisse pour venir vivre au Texas. J'ai appris, il n'y a pas très longtemps, qu'un tueur en série avait été capturé. Il avait plus de 36 meurtres à son actif. Ce tueur, c'est Léo. Il est maintenant sous contrôle intensif dans un hôpital psychiatrique.

En ce qui concerne Ana, je n'ai eu aucune nouvelle d'elle, je ne sais même pas si elle est encore en vie.

Et moi, je suis toujours là, mais pour combien de temps encore ?

FIN

FIN

 

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