- Veuillez vous asseoir ici s'il vous plaît, Eric
- Oui
- Alors, racontez-moi s'il vous plaît.
Tout commença lors de mon voyage au Maroc, il faisait chaud, le soleil tapait fort. Je me promenais dans le souk de la ville. Sous une tente, se trouvait un marchand d'antiquités qui vantait les mérites de sa marchandise. J'observai l'endroit. Il y avait plein de tables anciennes datant de l'Antiquité, des commodes abîmées, des livres poussiéreux, de la porcelaine ancienne et énormément d'objets inutiles. Mais ce qui attira le plus mon attention fut un psyché. Il était grand, sur le bord en bronze étaient inscrits des mots inconnus mais cela me semblait sans importance. Je contemplais l'objet et je ne pouvais en détacher mon regard. J'entendais des phrases incompréhensibles, j'étais hypnotisé quand soudain un bruit me sortit de cette emprise. C'était le vendeur qui me parlait.
- Il vous plaît ?
- Oui.
- Je vous le fais à 3500 dinars. Bon... 2500, vous avez l'air de bien connaître ça.
- D'accord pour 2500.
J'étais assez fier d'avoir acheté ce miroir à un si bon prix
Il me semblait si beau, si grand, si merveilleux.
Je passai la soirée à l'hôtel. J'avais sommeil et allai me coucher. Soudain, j'entendis des voix qui me réveillèrent, une voix étrange murmurait des mots incompréhensibles. Malgré cela, je pus m'endormir rapidement.
Plus tard, dans la nuit, je me réveillai de nouveau. J'avais fait un rêve étrange.
Je dormais dans cette chambre, le miroir brillait et une lueur blafarde émanait de lui. Je n'arrivais pas à la définir, mais à l'instant je sentis quelque chose de glacé me toucher, alors je me réveillai en sursaut.
Le lendemain, je retournai chez moi. J'habitais dans une petite villa en Espagne. Sa façade extérieure était peinte en blanc et du lierre avait tapissé les murs. Ma maison avait deux étages ; au deuxième, se trouvait un petit balcon suspendu depuis lequel on apercevait le jardin situé derrière la maison. A l'autre bout du jardin, une vieille bâtisse délabrée, depuis longtemps inhabitée, gâchait le paysage. J'avançai et ouvris la porte. Une fois à l'intérieur, je montai au deuxième et entreposai le miroir dans ma chambre. Je descendis à la cuisine et me préparai à manger. Soudain, on sonna à la porte. Une vieille dame attendait derrière la porte. C'était Mme de St-Hubert, elle habitait en face de chez moi et venait garder mon chat de temps en temps, en échange de mon aide pour faire ses courses. Malgré son grand âge, elle se conservait assez bien. Elle parlait avec une voix très aiguë qui me rappelait ma grand-mère. Elle sourit et me dit :
- Bonjour Eric. Tu es arrivé aujourd'hui ?
- Oui madame.
- Je suis venue surveiller ton...
- Oui je sais.
- Allons Eric... tu ne me fais pas entrer ?
- Oui... bien sûr.
Elle passa toute la journée chez moi à jouer aux échecs et une fois qu'elle fut partie, je me mis directement au lit. Le lendemain, tout était calme et normal. Tout sauf un petit détail... mon miroir n'avait plus à mes yeux toute sa splendeur, à vrai dire il était quasiment opaque malgré tout le soleil qui entrait par la fenêtre. J'avais pratiquement oublié ce cauchemar. Je me levai de bon pied et regardai par la fenêtre. Mme de St-Hubert était sur le seuil de sa porte, elle tenait deux sacs de provisions, un dans chaque main. Le soleil m'éblouissait en m'empêchant d'observer plus longtemps. Une fois habillé, je sortis faire une balade dans les bois. Il faisait beau, une petite bise rassemblait les nuages au-dessus de moi. Une fois au cur de la forêt, je préparai de quoi manger. Au bout de dix minutes, je m'étendis sur l'herbe et les feuilles mortes. Le temps commençait à se dégrader et je décidais de rentrer. Sur le chemin de retour, un petit détail m'intrigua : les oiseaux ne chantaient plus et je n'entendais plus que mes pas, le ciel était couvert, assombris. J'entendis les froissements des feuilles et, au loin, une voix m'appeler. Au fur et à mesure de que j'avançais dans les bois, je sentais mon cur s'accélérer. Le froid me prit... soudain je m'arrêtai. Que m'arrivait-il ? Etait-ce ce maudit miroir... non, ce n'était pas possible ! Dans mon délire, je ne m'étais pas rendu compte que quelqu'un me suivait... j'entendais le fou rire d'une femme au loin... un rire horrible comme ceux des maisons hantées dans les fêtes foraines... un rire à vous glacer le sang. Ma tête allait exploser, ce ricanement résonnait crescendo à l'intérieur de mon cerveau. J'étais si épuisé que je m'assis. Au loin je vis une silhouette, la silhouette d'une femme... non ! Celle d'un être mystérieux en apparence féminine, je ne voyais que son corps d'où j'étais. Mon organisme n'en pouvait plus et je fermais lentement les yeux.
A mon réveil, j'étais couché dans mon lit, je transpirais, j'avais certainement fait un autre cauchemar... ou était-ce réel ? Cette femme... je n'y comprenais rien ! Soudain la porte s'ouvrit. C'était de nouveau Mme de St-Hubert. Elle tenait dans ses bras un grand plateau avec le petit-déjeuner. Elle le posa sur mon lit et s'en alla sans dire un mot. Je pris tranquillement mon déjeuner et descendis. Madame de St-Hubert était assise sur le canapé. Elle lisait son journal mais étrangement ses lunettes étaient posées sur la table. Soudain elle posa son journal et tourna brusquement sa tête d'un quart de tour. Elle sourit, pas un de ces sourires amicaux, mais un sourire mesquin. Ses yeux opaques me fixaient... elle avait un regard tueur. Je sentais qu'elle me haïssait, qu'elle voulait me trucider ou même m'égorger. Ses veines commençaient à gonfler. Brusquement, elle souleva le canapé comme si c'était un jouet et le lança à côté d'elle pour se frayer chemin. Elle avançait vers moi. L'angoisse montait en moi, ma respiration devenait haletante et j'étais paralysé. Elle s'approchait... s'approchait lentement, elle était comme un lion affamé qui allait déguster son repas. Elle me dit d'une voie rauque : " oim edia ". Elle répétait sans cesse ces mots incompréhensibles, elle criait... criait très fort à en devenir sourd, puis s'écroula par terre en signe de défaite. Pas une défaite physique mais mentale. Terrifié par cet abominable spectacle, je m'enfuis en courant chez mon ami Andy. En fait son vrai nom était Andrew mais Andy faisait moins " riche ". En chemin, je sentais la présence de quelqu'un, je devenais paranoïaque... j'entendais cette voix, elle me troublait. Quand j'arrivai, enfin, je me sentis en sécurité. Andy m'accueillit et je lui racontai cette histoire. Quand j'eus fini, je sentis un petit courant d'air, pourtant les fenêtres étaient fermées, je me levai et allais aux toilettes. J'entendis les fenêtres claquer ...
Soudain, un bruit me terrifia, j'entendis mon ami geindre. J'entrouvris la porte et vis sa tête rouler en face de moi. J'entendais des pas... quelqu'un était de l'autre côté de la porte, il venait très lentement. J'avais peur, tellement peur que je commençais à transpirer. J'avais envie de vomir, mes intestins me remontaient. Je ne trouvai rien de meilleur à faire que fermer les yeux et, avec un élan de lâcheté, je sortis de la pièce et courus me réfugier. J'ouvris la première porte que je vis... tout était noir : je distinguai une armoire, mais rien de plus. J'avançai à tâtons, j'étais perdu... cette salle me paraissait infiniment vaste et malgré mes efforts, je ne trouvais pas l'interrupteur de la lumière.
Je m'assis par terre et attendis. Tout était calme... calme à tel point que cela devenait terrifiant. Mon angoisse s'accentua quand j'entendis un gémissement provenant du fond du couloir. Soudain la porte s'ouvrit et la lumière s'alluma. Devant moi se tenait une chose... une chose horrible... c'était... c'était Andy... non, son corps animé, possédé par le monstre, je ne voyais pas sa tête, son corps était plein de sang, je sentais une odeur de mort. Cette personne m'écurait... je me saisis de la première chose qui me tomba sous la main et lui lançai dessus en vain. Il marchait lentement vers moi, d'un pas lourd. Je le voyais, il se décomposait à vitesse accélérée, quand soudain, son corps s'écroula. Le reste de son corps faisait des mouvements spasmodiques. Je crus que c'était fini, mais non... son corps ne bougea pas, mais je sentis un courant d'air, une chose froide me toucher, cet être me glaçait le sang. Je m'assis par terre, épuisé, et le laissais me dominer... je la sentais... je la sentais dans mon corps, elle se baladait en moi, rentrai dans les moindres recoins, elle coulait dans mes veines, dans ma colonne vertébrale. Elle montait, envahissant les parties plus infimes de mon corps pour finir dans ma tête.
Il contrôlait mes pensées, mes faits et gestes. Malgré sa monopolisation, il me laissa quand même placer ces mots : " Non ! Je suis Possédé ! laisse-moi, laisse-moi en paix ! Qu'est ce que j'ai fait ? "
" Je n'ai plus rien à faire dans ce monde..." dit Eric d'un ton désespéré.
Il s'arrêta de parler, son avocat était là, en face de lui, à le regarder hébété. Sans dire un mot, il rangea ses affaires et sortit de la cellule sans même le regarder. Le regard dégoûté et désespéré d'Eric s'arrêta sur le miroir en face de lui et une lueur le traversa. Il s'approcha du miroir, empoigna une chaise et le lança sur ce dernier. Il saisit le morceau qui lui paressait le plus coupant et s'égorgea.