Titre

Photographie et éthique, regards ambigus

Numéro du module:

10

Auteurs:

Monique Nobs, Jean-Paul Moret et Antoine Musy

Date

28 mars

Numéro de version:

1

Disciplines ou domaines:

Arts visuels, photographie, philosophie, éthique, journalisme, histoire, et toutes branches recourant à l’analyse de documents photographiques

Objectifs en termes de résultats d'apprentissages :

-          Affiner la méthode d’analyse de l’image fixe.

-         Se demander si éthique et esthétique sont inconciliables dans la photographie du réel

 

Dimensions

F2 et F3 ( éventuellement F1 pour certaines activités)

Public cible :

Enseignants dans les branches mentionnées

Pré-requis :

Rien de particulier, quelques connaissances en lecture d’images, tels que définis dans les scénarios antérieurs

Type de démarche pédagogique :

 Constructiviste, exploratoire

 

Résumé:

Ce scénario, à partir de définitions précises, d’activités pratiques ciblées, se propose d’examiner dans quelle mesure les photographes, et plus particulièrement le photojournaliste et le photoreporter, se sentent l’obligation de se soumettre à une déontologie, à des impératifs éthiques régulant leur création.

Mots-clés:

philosophie – le beau – le juste – le vrai – éthique – photojournalisme – production et lecture d’images – regard sur l’autre

 

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Introduction

 

Origine du projet :

 

Souvent on entend dire qu’une image serait trop belle en regard du sujet représenté ; un pas de plus, et l’on suspecte le photographe d’une sorte de maniérisme esthétisant qui semblerait alors déplacé.

Comment répondre sereinement à cette réaction instinctive de rejet en évitant de faire appel à l’argument pro domo ou à la mise en cause personnelle.

Si la beauté est bien dans l’œil du spectateur, comment expliquer, sans heurter l’interlocuteur sincère, que celui-ci semble avoir classé les concepts de beauté et de justice de façon un peu rapide dans une même catégorie ?

 

Dans ce travail nous tentons d’y voir plus clair, si l’on peut dire.

 

Quelques objectifs :

 

Les problématiques liées à la photographie du réel sont multiples, venues par exemple de la nouveauté du genre (désormais admis au rang des activités artistiques, puisqu’il entre au musée, reçoit une reconnaissance de nombreux organismes culturels, etc.), mais également de son caractère forcément évolutif. Se posent entre autres les questions suivantes, que nous avons voulu aborder :

 

a.       Le souci esthétique affiché par un photographe est-il conciliable avec les préoccupations éthiques ? Notamment, la représentation de la douleur peut-elle être belle à voir ? Question d’actualité, que pose aussi Michel Poivert dans son ouvrage récent La Photographie contemporaine (voir bibliographie).

b.      Quelle déontologie accompagne ou régule l’activité du photographe ? (Voir notamment, à ce sujet, l’activité pratique 4 et activité pratique 5)

c.       Où sont les limites entre la photographie, source d’information, et la photographie œuvre d’art ?

d.      Comment recevoir la photographie humanitaire (dont l’objet est la guerre ou la catastrophe, par ex.) ? Quelles sont ses ambiguïtés (est-ce le regard ou l’objet regardé qui est mis en valeur) ? (Voir à ce sujet l’activité pratique 3) ? Quelles sont les définitions et les concepts que nous associons à l’activité photographique ( activités pratiques 1 et 2 )

 

Toutes ses réflexions pourront s’articuler autour de diverses activités pratiques (voir ci-dessous), susceptibles d’alimenter la réflexion critique chez des apprenants de tous niveaux. Elles fourniront aussi l’occasion d’aborder ou de revoir divers aspects techniques de l’activité photographique.

 

Sur le plan pratique, les différentes rubriques traitées obéissent à une cohérence thématique, mais non linéaire. Un choix peut donc être opéré, notamment entre les différentes activités pratiques, en fonction des conditions dans lesquelles le scénario sera réalisé. On pourra dans ce cas « naviguer » dans le scénario à partir du plan qui suit, sans se laisser guider par l’organisation des pages.

 

Plan

 

 

 

introduction

(origine du projet)

 

 

 

 

définitions

(et activités pratiques 1 et 2)

 

 

 

 

nos objectifs

 

 

 

 

 

TP facultatifs

- prolongement activité 3
-prolongement activité 5

 

 

 

 

 

webographie,
bibliographie

 

 

 

fragilité (relativité) de la représentation du réel

(TP sur une charte journalistique)

 

 

 

 

 

 

synthèse

 

 

 

activités
 pratiques

(activités 3-5)

 

définitions

*         Morale :
 Une norme de comportement, qui contraint chacun, même en l'absence de sanction pénale selon Fuchs E., Comment faire pour bien faire ?, ed. Labor et Fides, Genève, 1995

*         Ethique :

Conception ou doctrine cohérente de la conduite de la vie. Certains auteurs la désignent comme une sorte de méta-réflexion sur la morale individuelle.

Rappelons Kant:

Les devoirs qui découlent de la législation juridique ne peuvent être que des devoirs extérieurs […] La législation morale, au contraire, fait aussi des actions intérieures des devoirs sans exclure les actions extérieures et s'applique à tout ce qui est devoir en général. Mais précisément parce que la législation éthique intègre le mobile interne de l'action (l'idée du devoir) à la loi, détermination qui ne saurait exercer quelque influence sur la législation extérieure, il s'ensuit que la législation éthique ne peut être extérieure (fût-elle celle d'une volonté divine), bien qu'elle admette les devoirs en tant que devoirs qui relèvent d'une autre législation, c'est-à-dire d'une législation extérieure, comme mobiles en sa législation. Métaphysique des mœurs (1796)1. Doctrine du Droit

Citons également l’Encyclopédie en ligne Agora :

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Ethique )


 « L'éthique est une branche de la philosophie qui s'intéresse aux comportements humains et, plus précisément, à la conduite des individus en société. L'éthique fait l'examen de la justification rationnelle de nos jugements moraux, elle étudie ce qui est moralement bien ou mal, juste ou injuste ».

source: Bureau canadien des valeurs et de l'éthique

*         Déontologie :

« La déontologie peut se voir comme une prolongation des règlements institutionnels et de la loi. Elle amène une nouvelle régulation là où rien n'est inscrit. » (toujours selon http://www.avtes.ch/ethic/mem_01/mem_04.htm, qui donne des explications encore plus approfondies de ces notions)

 Une déontologie s’applique plus particulièrement à un domaine professionnel donné. Elle s’exprime le plus souvent à travers une charte ou un code accepté par les associations professionnelles.

*         Esthétique :

Une intéressante définition est proposée par http://www.philonet.free.fr/notions/not.html :

Subst. et adj. (gr. aisthetikos, qui peut être perçu par les sens, de aisthèsis, sensation)

L'adjectif qualifie ce qui concerne le beau (émotion ou jugement esthétique).

Le substantif (qui apparaît dans la seconde moitié du XVIIIe siècle) désigne la théorie de l'art et du beau, ou, plus précisément, la discipline ayant pour objet les jugements d'appréciation lorsqu'ils s'appliquent au beau et au laid.

N.B. :  L'esthétique moderne ayant en général renoncé à repérer les normes du beau reporte ses recherches soit sur les formes dans leur développement historique soit sur les relations. entre oeuvre et création.

Dans notre scénario, nous utiliseront néanmoins ce terme pour signaler la préoccupation de proposer, à travers la photographie, de la beauté, du moins en ce qui concerne les documents qui ne visent pas uniquement à transcrire la réalité à l’état brut, avec une unique visée d’information. Cela peut être le cas pour le photojournalisme (voir ci-dessous).

*         Photojournalisme :

Selon Mora G., Petit lexique de la photographie, 1998,  « le photojournalisme recouvre les activités de productions photographiques dans le domaine de l’information destinées à l’illustration des médias, en particulier ceux de la presse. » Il couvre donc la nouvelle fraîche,  et qui surprenne le public.

Poivert, dans l’ouvrage déjà mentionné, parle d’une « industrie de la communication et de l’information rivale de la TV », et estime que photojournalisme et photoreportage ne se distinguent plus guère aujourd’hui. En effet, la tentation est devenue grande aujourd’hui, dit-il, de construire de nouvelles icônes, qui pouraient avoir valeur de « photographie d’histoire ». La tentation esthétique s’y retrouve aussi, et Poivert cite les exemples de la Madone algérienne (1998) de Hocine (op.cit. p. 42), ou de la Pieta du Kosovo ( op. cit. p.45) de G. Mérillon.

*         Photoreportage :

Le dossier pédagogique d’une exposition récente, consacrée à la photographie du réel, au Musée de l’Elysée de Lausanne, indiquait que le photoreportage impliquait entre autres :

-         une série de photographies sur un sujet particulier

-         un engagement à long terme (enquête et témoignage)

-         livres et expositions comme vecteurs de l’œuvre

-         une dimension esthétique : « bien que l’objectivité ait généralement été le but des photographes dès le XIXe siècle, la part personnelle de l’auteur a toujours joué un rôle déterminant », dit le catalogue mentionné

Le reportage moderne connaît ainsi plusieurs déclinaisons (qui ne seront pas toutes abordées dans ce scénario) :

·        photographie de rue (H. Cartier-Bresson, R. Doisneau)

·        reportage engagé (R. Capa)

·        reportage social (D. Lange)

·        reportage subjectif (R. Franck)

·        etc.

*         Photographie humaniste

Elle est parfois considérée comme une catégorie appartenant au photoreportage. Ce regard se concentre sur l’homme, et témoigne de sa dignité en toutes circonstances. En ce sens, la photographie humanitaire rejoint souvent cette catégorie.

Le photographe humaniste cherche à entrer dans la vie des gens tout en s’effaçant. On a souvent cité l’œuvre de G. Imsand. D’autres exemples seront évoqués ou examinés dans ce scénario.

è

*        Activité pratique 1 (en F2) : Les définitions contraignent parfois la pensée, forcent la conceptualisation, et méritent donc toujours un examen critique. Celles qui précèdent ont été retenues pour faciliter la réalisation du scénario présent, et ses auteurs ont abouti à un consensus à leur sujet. On peut cependant les soumettre à la discussion, voire au débat. Cela pourrait constituer une première activité.

Si les définitions proposées devaient être  précisées ou amendées, il restera à ne pas perdre de vue les nouvelles options, et à les prendre en compte, le cas échéant, lors des activités et réflexions ultérieures.

 

*        Activité pratique 2 (en F2) : examiner les 3 photographies proposées ci-dessous :

1.         Comment classer, en fonction des catégories mentionnées ci-dessus, sous photojournalisme, photoreportage(et ses déclinaisons) et photographie humaniste ?


 

·         E. Smith, Tomoko baigné par sa mère, 1972

 

Photo de E. Smith

 

1.                  Quel est la représentation de l’enfant sur cette photo ?

2.                  Quel est le style de ce photographe ? Qu’est-ce qui le différencie, le rapproche de la photo de M. Riboud ? de S. Salgado ?

3.                  Quel est l’impact de cette photo sur vous ?

E. Smith a passé plus de trois ans à Minamata, village de pêcheurs au Japon dont la majorité des habitants ont été empoisonné par une pollution au mercure. Aileen et moi « avons photographié et emprunté des chemins qui auraient été impossibles si Aileen ne parlait pas japonais et ne connaissait pas les coutumes d’un pays dans lequel elle a passé la moitié de sa vie ».

* Comment interprétez-vous cette photo ? Est-ce pour vous du voyeurisme ? un témoignage ? L’esthétique est-elle ici inconciliable avec une notion d’éthique ou renforce-t-elle la vision du réel ?

 

·         Sebastiao Salgado (Magnum), 1984

 

Photo de S. Salgado

 

1.                  S. Salgado a laissé beaucoup de place au paysage sur cette photo. Qu’est-ce que cela vous apporte-t-il ?

2.                  Lorsque vous regardez cette photographie y voyez-vous la pauvreté et la misère de l’Ethiopie dévastée par la famine de 1984 ? Quelle devient alors votre vision de la famine en Ethiopie ?

* L’esthétique de Salgado vous fait-elle oublier une réalité ? …ou a-t-elle tendance à renforcer cette réalité ?

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·         Marc Riboud, Pentagon, Washington, D.C., 1967

 

 

Photo de M. Riboud

 

  1. Comparez cette photo à celles de Salgado et de Smith. La représentation du réel est-elle d’un point de vue éthique différente de la vision de ces deux derniers ?
  2. Comment imaginez-vous la technique de prise de vue de M. Riboud par comparaison avec les deux autres photographes ?

 

Sur ces 3 documents :

 

*Quels « indices » vous ont permis de classer ces photographies (voir éventuellement les outils d’analyse de l’image fixe déjà mentionnés dans les scénarios antérieurs, et repris sous http://www.icts2-vs.ch/images/textes/outil-im.doc )?

 

*Ces 3 photographies représentent chacune à la manière de leur auteur une vision du réel. Ethique ? Esthétique ? Qu’ont-ils voulu privilégier ?

 

* Posons-nous la question : l’esthétique est-elle inconciliable avec le réel ? L’éthique ne peut-elle être esthétique ?

 

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Tomoko baigné par sa mère, 1972
(C) W. Eugene Smith

source : http://masters-of-photography.com/S/smith/smith8.html

Scan courtesy of Masters of Photography

 

 


 

 


Refugees in the Korem camp
Ethiopia, 1984
(C) Sebastiao Salgado

source : http://www.frenchimages.com/frenchimages/readings/index.html

 

 


 

 

Marc Riboud
Pentagon, Washington, D.C., 1967
(Vintage Gelatin Silver Print
6 3/4 x 10 inches)

http://www.skjstudio.com/riboud/r_Washington.html

 

*Sur le même thème, le texte suivant, écrit au sujet de documents analogues par leur référent, peut également être soumis à discussion, ou apporter un éclairage. Le psychanalyste S. Tisseron y évoque des représentations de l’ « homme-éléphant », telles que les retrace le film de David Lynch, ou encore une photographie, reproduite en p.12 de l’ouvrage mentionné dans la bibliographie, d’un malade présentant une grave maladie de la peau :

        

« Revenons-en maintenant au caractère « esthétique » de ces images qui nous avait d’abord tellement choqué. On comprend mieux maintenant sa place. L’esthétisation a permis de considérer d’un œil humain ce qui était auparavant stigmatisé comme non humain. Elle a rendu regardable ce qui jusque là ne l’était pas. C’est pourquoi l’intention esthétique ne saurait, dans ces photographies, être mesurée selon les critères freudiens de « principe de plaisir » opposé au « principe de réalité ». Ces photographies n’opposent pas l’esthétisation du monde à sa laideur naturelle. Elles contribuent à l’appropriation des composantes émotionnelles d’un événement d’abord vécu sur un mode tragique, du fait de ses résonances inconscientes autour de l’animalité. La question de savoir si l’intention esthétique et l’intention scientifique ne rentrent pas en contradiction dans ces images ne se pose donc pas. Rapportée au moment de leur fabrication, ces deux intentions relevaient de la même dynamique. Elles étaient deux manières complémentaires et indissociables de tenter de se familiariser avec l’horreur pour pouvoir ensuite l’étudier. »

Serge Tisseron, Le Mystère de la chambre claire, p. 25

 

 

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Activités pratiques complémentaires

*        Activité pratique 3 (en F2) :

A partir des trois photographies proposées plus bas :

On peut se demander s’il existe des critères éthiques ayant quelque universalité, relativement à la photo (le fait de la tirer, de la diffuser ou montrer) ?

 

è pour alimenter cette réflexion(ou pour l’initier. si l’on veut placer cette séquence en amorce du scénario) :

Consigne : Se demander, à partir de ces photos, traitant de la réalité, voire de l’actualité, en leur temps ( les photos de L. Burrows, R. Depardon,  et de E. Smith furent publiées dans le magazine Life, la photo de E, Smith est la même que celle déjà examinée ci-dessus), comment répondre aux questions figurant dans le tableau suivant.

[ Les apprenants peuvent être partagés en sous groupes de 4-5 participants. D’autres documents peuvent être trouvés aux sources mentionnées et dans la bibliographie, en fonction des impératifs d’organisation du présent scénario ].


 

* Se demander, à partir de chaque photo, traitant de la réalité, si…

  1. au moment de la prise de vue

 

… elle respecte la réalité(vérité/référent)

… elle travestit/modifie/occulte la réalité….

… elle relate

… elle transfigure (intention artistique)

… elle respecte l’intimité (cf. dénotation/ référent)

… elle viole l’intimité

… elle a une fonction informative

… elle a une fonction démagogique

… intention artistique sans « effets pervers » (voyeurisme/ vénalité, etc…)

… intention artistique/ esthétique à partir d’un contexte inadéquat

….

 

 

  1. au moment de la diffusion

 

… elle édifie

…perturbe, choque gratuitement (par rapport à quels critères ?)

… est « pédagogique »

… est démagogique

… informe

… désinforme

… éclaire, aide à la décision, à se forger une opinion, sert honnêtement une « cause »

…manipule, sert malhonnêtement une cause

 

 

[ Plusieurs de ces questions ne pourront sans doute pas être résolues sans une connaissance précise du contexte (de production, de diffusion). La subjectivité de l’observateur est sûrement très sollicitée aussi. Quoi qu’il en soit, cela permettra  de prendre conscience de la difficulté qu’il y a à établir des normes éthiques présentant un caractère d’universalité. ]

 


 

Cherchant à obtenir des informations sur une cache d’arme, un garde sud-vietnamien mencae un Viet-cong de sa baïonnette, 1962,
Larry Burrows

http://digitaljournalist.org/issue0302/lb06.html

source : http://www.digitaljournalist.org/issue0302/lb01.html (qui présente un diaporama, avec d’autres documents exploitables dans ce scénario)

 

 

 

*        Prolongement possible (en F2 ou F1) :

Ici aussi, selon le temps à disposition, on peut demander aux participants de mettre en évidence comment se manifestent, techniquement, ces effets ou fonctions, mentionnés dans les grilles d’analyse, en utilisant à nouveau l’outil d’analyse déjà mentionné et présent à http://www.icts2-vs.ch/images/textes/outil-im.doc .

Expérience faite lors d’un séminaire pratique, cette analyse sera avantageusement effectuée en sous-groupes (3-4 apprenants), et le formateur répartira alors les axes d’observation proposés par la grille mentionnée.

 

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*        Activité pratique 4 :

Consigne :

Les participants à cette activité étudient, en sous-groupes, des extraits de témoignages écrits de photographes tirés de la plaquette Profession photoreporter de Michel Guerrin. Cet ouvrage a été édité par les Editions du centre Georges Pompidou/Editions Gallimard 1988, dans la collection Au vif du sujet, à l’occasion de la manifestation « Forum du reportage » organisée par la Bibliothèque publique d’information du centre Georges-Pompidou à Paris, du 9 novembre 1988 au 6 février 1989.

Il s’agit de se faire une représentation la plus nuancée possible des principaux courants de pensée qui ont traversé le champ des médias durant ces cinquante dernières années. L’idéal serait de pouvoir établir un lien plus clair entre un point de vue historico-esthétique et une vision socio-économique.

Les critères de classification pourraient être liés, par exemple, au lieu de constitution de l’agence, à l’époque, à la philosophie affirmée, aux personnes impliquées et à leurs origines sociales, à leurs champs d’activités privilégiés et canaux de diffusion de l’agence.

Ces extraits montrent que les agences de presse ou agences de photographes fonctionnent assez différemment les unes des autres. Elles ont évolué en fonction de la demande des Newsmagazines, elles ont dû s’adapter à la très forte concurrence de la télévision. Un poids lourd tel que la revue américaine LIFE a disparu sous les assauts, entre autres, de la télévision.

Dans les années 70/80, s’est développé un photojournalisme à la française, en rébellion avec le statut d’ouvriers spécialisés qui était trop souvent celui des pigistes de l’époque. Durant cette décennie,  beaucoup de photographes ont vu leur statut social mieux défini et leur travail enfin rétribué correctement. De nombreuses options idéologiques se sont alors opposées. Fallait-il imposer son point de vue, son regard subjectif sur la société et tenter de réinterpréter le monde avec l’œil de l’artiste ? Certains cherchèrent à scénariser leurs photos en développant une écriture qui tendait à résumer une situation tout en respectant une certaine objectivité. Le document univoque conduisant à la propagande, d’aucuns affirmèrent que la photo qui fonctionnait le mieux était celle où demeurait le plus d’ambiguïté, celle qui offrait au « lecteur » le plus d’interprétations possibles. Un courant de pensée revendiquait qu’il fallait enfin dépasser la bonne et belle image, pour aller au-delà de la simple représentation du réel. D’autres encore firent le pari d’ouvrir le lecteur à la compréhension du monde sans pour autant devoir tuer le réel. Il ne s’agissait plus alors de produire des preuves mais de suggérer un imaginaire poétique. Puisqu’il y a toujours un point de vue, (le point de vue de quelqu’un), est-il concevable de tenter de montrer la réalité sans s’impliquer dans son sujet ?

Un grand photographe comme Eugene Smith, auteur des photos sur les malades de Minamata (voir les documents ci-dessus), après trois ans de travail sur place, propose d’exclure les termes d’objectivité et de liberté de son vocabulaire.  Tous ces questionnements montrent combien le travail de ces photographes débouche souvent sur le doute et une attitude des plus humbles. Souvent en observant des planches contact d’où sont extraites des images qui ont fait le tour du monde, on comprend mieux la démarche de l’auteur et sa quête de vérité. Voir à ce sujet Manifestation pour la paix au Vietnam de Marc Riboud, document 048, tiré de l’album Les cents photos du siècle de Marie-Monique Robin, Edition du Chêne-Hachette Livre, 1999 réédition par Les Editions France Loisirs, 1999 (reproduit ci-dessus).

Réfléchissons à cette subtile affirmation de Mary Ellen Mark « (…) une bonne photographie ne montre pas la tristesse mais rend triste celui qui la regarde ».

 

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*        Activité pratique 5 :

 

Consigne : Les participants, en sous-groupes, se penchent sur la charte adoptée en Suisse et présentée ci-dessous (premier lien mentionné). Il s’agit ensuite de la comparer avec une charte à visée analogue ou un code déontologique, à choisir à l’intérieur de la deuxième source mentionnée. Ils y repèrent, si c’est pertinent, quelques « invariants » , apparaissant dans les deux documents travaillés. A la mise en commun, en plénière, on présentera rapidement le deuxième document retenu, puis on établira, en commun, un listing des « invariants » apparus. Cela permettra de nourrir une discussion

[Prévoir une durée suffisante pour la recherche préliminaire et la mise en commun (deux fois 45’). Certaines de ces chartes sont en anglais ; par exemple http://www.uta.fi/ethicnet/france.html . Prévoir la présence d’un anglophone dans chaque sous-groupe, si c’est possible]

.

A noter que des déclarations d’intention à la réalité des faits, il y a une distance certaine. R. Depardon, comme déjà signalé, estimait qu’il faisait métier de voyeur. Mais à étudier ses œuvres, on comprend bien qu’il faut peut-être prendre cet « aveu » dans un sens métaphorique, et non à la lettre. Mesurer les écarts entre ces déclarations formelles que sont les chartes, et la pratique, cela est bien l’un des objectifs de ce scénario, et cela devrait permettre d’affiner l’analyse de l’image inaugurée dans d’autres modules.

 

 

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*        Prolongements possibles :

 

è visionner certains extraits du film War Photographer, hommage au photographe Natchwey. Les participants pourront mettre en évidence les passages où le photographe s’exprime sur ses propres critères éthiques, au moment de son travail.

 

[Une comparaison peut être établie avec l’une ou l’autre des chartes ci-dessus. Cette séquence sera avantageusement préparée par un participant F2 avant le cours, à supposer que ce scénario s’étende sur plusieurs demi-journées.]

 

è évent. proposer quelques photos complémentaires, et se demander si elles répondent aux invariants qu’on aura(aurait) dégagés

 

è réflexion ou exercices de même type,  plus strictement orientée sur la photo humanitaire

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synthèse

*         Un tel scénario établi en grande partie à distance, et tournant autour d’un sujet aussi susceptible de mobiliser les subjectivités, n’a forcément pas été facile à construire. Ses auteurs ont dû parfois opter davantage pour la coopération que pour la collaboration.

La nature même des objectifs poursuivis expliquent peut-être cette hétérogénéité apparente (et sûrement réelle) entre telle ou telle rubrique. Mais cela rejoint finalement l’un des objectifs fixés, qui était d’approcher, sinon de cerner, la déontologie accompagnant la pratique de la photographie, plus particulièrement dans le domaine journalistique. Nul doute que les participants F2 (voire F1), à la mise en pratique de ce scénario, pourront également poursuivre la réflexion allant dans ce sens, tout en mobilisant diverses compétences d’analyse indispensables pour ces approches.

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*************

Webographie, bibliographie sélectives

 

Liens :

La plupart des liens exploitables ont été mentionnés dans le scénario. On peut aussi consulter :

*   Masters of photography, http://masters-of-photography.com/index.html , des dizaines de documents utilisables dans le cadre de ce scénario

*   Pour une terminologie élémentaire servant à la lecture de l’image, on peut aussi se reporter à http://pedagene.creteil.iufm.fr/ressources/image/index.htm - photo07a

*   http://carrefour-education.telequebec.qc.ca/cis/moteur_recherchecis.asp est un méta-moteur permettant de trouver de multiples documents médias, certains pouvant servir à concevoir des variantes, des exemples complémentaires utiles au présent scénario

Bibliographie :

*   Michel Poivert, La photographie contemporaine, éd. Flammarion, 2003

*   Du Centre national de la photographie, W. Eugene Smith, 1983, éd. « Photo poche »

*   Magazine « Photo », N° 393, octobre 2002

*   Le Mystère de la Chambre claire, Serge Tisseron, éd. Belles Lettres/ Archimbaud, 1996

*   Profession reporter, Michel Guerrin, Editions du centre Georges Pompidou/ Editions Gallimard, collection au Vif du Sujet,  livre publié à l’occasion de la manifestation « Forum du reportage » organisée du 9 novembre 1988 au 6 février 1989.

*   Les cent photos du siècle,  Marie-Monique Robin, Edition du Chêne-Hachette Livre, 1999, réédition par Les Editions France Loisirs, 1999

 

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