Titre : Surmonter les obstacles à l’utilisation des TIC en environnement

Numéro du module : 1 et 2

Auteurs : Thierry Briffod et Guy Roulet

Date : 4 octobre 2002

Numéro de version : Bêta

Discipline ou domaine : Environnement (espace-géographie)

Objectifs en termes de résultats d'apprentissages :      
Prendre conscience de l’apport des TIC dans l’enseignement d’une discipline

Dimension : F2

Public cible : Enseignant-e-s primaires sans expériences de l’usage des TIC dans l’enseignement

Type de démarche pédagogique : Constructiviste et coopérative

Résumé :     Les enseignant-e-s se retranchent souvent derrière un certain nombre d’arguments (obstacles réels ou imaginaires), pour évincer les TIC de leurs pratiques en classe. Comment, en partant justement de leurs pratiques en espace-géographie, leur permettre de prendre conscience de la plus-value que les TIC peuvent apporter, en terme d’enrichissement et de diversification de l’enseignement-apprentissage, et ainsi les inciter à les intégrer ?

Mots-clés :     Formation continue – Projet de formation commune – Obstacles – Modification des pratiques pédagogiques – Sensibilisation – Communication – Potentialités didactiques

Introduction

1)     Une volonté politique forte d’intégrer les TIC dans l’enseignement

L’autorité politique reconnaît explicitement la nécessité d’intégrer les TIC à l’enseignement.

Au plan genevois, deux exemples :

« … L’école se doit de fournir à tous les enfants dès les degrés primaires l’accès à ces outils modernes » (les TIC au DIP, mai 1997) ;

« …L’intégration des TIC est une composante nécessaire des rénovations en cours. A ce titre, il faut engager l’autorité scolaire (…) à envisager les TIC comme une opportunité de développement … » (rapport de la commission des finances chargée d’étudier le projet de loi « Apprendre à communiquer », octobre 1999).

Au plan fédéral, la CDIP, au cours de sa séance du 7 juin 2001, a approuvé le Plan d’action « Formation initiale et continue des enseignant-e-s dans le domaine des TIC » et chargé un groupe de travail, placé sous la responsabilité du CTIE, d’élaborer des recommandations.

Faisant suite à cette décision, en juillet de cette année, la CTIE a mis en consultation les « Recommandations du groupe d’experts pour la formation initiale et continue des enseignant-e-s de la scolarité obligatoire et du degré secondaire II dans le domaine des TIC » auprès des Associations cantonales d’enseignants.

Parmi ces recommandations, en voici trois concernant les niveaux de scolarité enfantine et primaire qui étayent la démarche de notre scénario :

« Des modèles d’enseignement axés sur la pratique sont développés et expérimentés, dans lesquels les TIC sont durablement et judicieusement intégrées conformément aux degrés d’enseignement auxquels ces modèles s’adressent » (dito, p.5, 2e colonne) ;

« La création de projets inter-écoles est encouragée et leur réalisation fait l’objet d’un suivi » (dito, p.6, 2e colonne) ;

« … Il s’agit d’utiliser judicieusement, conformément aux exigences de la didactique et de la méthodologie, les nouvelles possibilités d’apprentissage qu’offrent les TIC » (dito, p.5, 1ère colonne).

2)     Les TIC dans l’enseignement primaire genevois (situation septembre 2002)

·         Taux d’équipement

Toutes les classes du cycle moyen (3P – 6P), ainsi qu’environ 1/3 des classes du cycle élémentaire (1E – 2P) sont actuellement équipées d’un ordinateur et d’une imprimante.

Un investissement important a donc été réalisé ces dernières années et va se poursuivre encore durant les 3 années à venir, jusqu’à ce que toutes les classes du cycle élémentaire bénéficient d’un poste de travail.

D’autre part, l’engagement des communes et du CTI pour connecter l’ensemble des classes au réseau cantonal est tangible. Nous pouvons espérer que d’ici deux ans un accès Internet sera possible depuis chaque classe.

·         Quelques constats sur le terrain

Premier constat : la grande majorité des enseignant-e-s n’ont pas reçu de formation initiale dans le domaine des TIC. Seul-e-s les nouveaux-nouvelles licencié-e-s LME ont bénéficié de cours dans ce domaine.

Deuxième constat : si une bonne partie du corps enseignant a « investi » les TIC, il reste une forte proportion de ce personnel pour qui l’ordinateur est encore un objet qui fait peur, qui n’est pas utilisé dans la vie courante et, à fortiori, dans la pratique pédagogique.

Troisième constat : les cours proposés en formation continue ont un attrait réel pour les enseignant-e-s, mais la mise en œuvre pédagogique reste une réelle difficulté.

 

En lien avec les points précédents, nous avons voulu valoriser une démarche susceptible de mettre en évidence le potentiel pédagogique des TIC à l’école primaire. Les disciplines de l’environnement (espace / géographie pour ce scénario) se prêtent particulièrement bien aux objectifs poursuivis : faire évoluer les représentations des TIC qu’ont les enseignant-e-s primaires en partant de leurs pratiques quotidiennes et des objectifs disciplinaires fixés par la DEP.

Demarche

Avant d’entrer dans la description factuelle de la démarche pédagogique, il convient de préciser que ce scénario est conçu pour un déroulement s’étalant sur une année scolaire.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que notre démarche a été initiée par une demande spontanée émanant d’une équipe d’enseignantes d’une école élémentaire. Ces personnes n’avaient aucune compétence informatique. C’est à l’issue d’un cours destiné aux nouveaux utilisateurs de PC (un ordinateur venait d’être installé dans une classe de leur école) que la titulaire a perçu (ressenti) et transmis à ses collègues les possibilités pédagogiques que cet outil pouvait apporter dans le domaine de la découverte de l’espace proche de l’école.

Nous avons tout de suite accepté de suivre ce projet tout en s’adjoignant la collaboration du secteur de l’environnement qui, du coup, a imaginé y associer deux autres projets d’écoles concernant la même didactique, mais ne faisant pas référence aux TIC.

Il s’est donc agi, lors d’une phase d’information, de tenter de convaincre les enseignant-e-s de ces deux écoles que d’ajouter la perspective TIC dans leur projet serait une réelle plus-value.

1.     Phase d’information

Lors de la première rencontre avec les enseignant-e-s des deux écoles « à convaincre », nous avons tout d’abord présenté les trois axes du projet de formation.

 

·         Objectifs propres à la didactique de l’environnement

·         Articulations TIC / Environnement

·         Réalisation de séquences multimédia.  

Nous nous sommes rapidement retrouvés devant des personnes évoquant toute une série d’obstacles qui les rendaient réticentes à entrer en matière (certains de ces obstacles ont du reste aussi été évoqués par les quatre personnes initiatrices du projet).

Ces obstacles peuvent être classés en 4 grands groupes :

a)      Problèmes de surcharge

La représentation des nouveautés induites par l’utilisation des TIC amène des doutes sur la viabilité de telles pratiques. La complexité technologique, mais aussi pédagogique (gestion de classe) est citée comme un obstacle. Au mot complexité est automatiquement associée la notion de manque de temps.

b)      Problèmes matériels

L’équipement actuel des classes (1 ordinateur) est perçu comme insuffisant pour une intégration des TIC aux activités pédagogiques. Il est à noter que cette remarque est en contradiction avec les difficultés liées à la gestion de classe, au manque de compétence et à la surcharge.

c)      Problèmes de compétences

« On ne s’y connaît pas assez … ». Cette remarque montre qu’en matière d’intégration des TIC aux activités d’apprentissages, le manque de maîtrise technique est perçu comme un obstacle.

d)      Problèmes de la valeur des activités « médiatisées »

« Travailler sur du concret avec les élèves est bien préférable à l’utilisation de l’ordinateur ». L’utilisation des TIC au service des apprentissages soulève le problème du rapport des élèves aux activités médiatisées et du nouveau type de relation enseignant-élève-savoir qui s’instaure.

Face à ces obstacles, qui sont d’ailleurs observables dans tout processus de changement de pratiques, notre scénario tente de trouver quelques pistes incitant les enseignant-e-s à modifier leurs représentations et à les amener à envisager l’apport des TIC dans toute démarche pédagogique en général et en environnement en particulier. A l’issue de ces rencontres d’information, une des deux écoles accepta d’entrer en matière. Nous n’avons pour l’instant pas insisté pour imposer ce projet à l’autre école, car la démarche engagée avec les deux écoles « partantes » nous permet de faire vivre ce projet de formation.

2.     Elaboration et mise en œuvre des activités en lien avec la didactique

Cette phase se déroule en collaboration étroite avec un formateur du secteur de l’environnement. Elle permet, dans un premier temps, de recenser avec les enseignant-e-s les activités à mener avec les élèves sur le thème « Découverte d’un espace géographique proche de l’école » (préau / quartier / commune). Il s’agit bien évidemment de partir des pratiques des enseignant-e-s, tout en les reliant aux objectifs d’apprentissages.

En voici un petit aperçu (non exhaustif) : observations et descriptions des bâtiments, des lieux publics, des parcs, des ponts, etc. / choix et définition de points de repères / parcours de reconnaissance sur le terrain …

Durant cette étape, le rôle des formateurs TIC consiste :

·         à suggérer des pistes d’exploitation propices à une mise en œuvre des TIC  en fonction de l’avancement du travail avec les élèves et des questions qu’ils se posent (utilisation de médias son, images fixes et animées, superposition de cartes/plans sur des photos aériennes, etc.);

·         à fournir des documents numérisés (cartes, plans, vues aériennes du SITG) ;

·         à sensibiliser les enseignant-e-s aux possibilités d’utiliser le support informatique comme alternative / complément aux activités papier-crayon en montrant notamment les avantages propres à l’image numérique (zoom, mise à l’échelle, recadrage) ;

·         à exploiter des documents fournis par les enseignant-e-s de manière à leur donner des idées et à enrichir les activités (p. ex. réalisation d’une carte interactive grâce aux photos prises par les enseignant-e-s) ;

·         à sensibiliser les enseignant-e-s à l’aspect « communication » du projet (échange d’informations / questions avec l’autre école ; découverte d’une autre commune et de points de repère communs / différents, des trajets pour s’y rendre depuis l’école) et à faciliter sa mise en œuvre (email ; cédérom ; pages WEB).

C’est donc tout au long de la construction et du déroulement de l’activité avec les élèves que l’intégration des TIC au projet doit être envisagée.

3.     Prolongements possibles TIC

·         Réalisation d’un outil multimédia

Les activités réalisées tout au long de l’année scolaire, ainsi que les documents utilisés (sons, images, vidéo) pourront déboucher sur la réalisation d’un outil multimédia de type « QuickMedia » (memory sons-lieux ; chasse au trésor ; puzzle ; associations ; etc.). Ce produit devra être le reflet des activités réellement menées sur le terrain et ne devra en aucun cas être une fin en soi.


·         Réalisation de pages WEB

Le but de ces pages serait de mettre à la disposition de tous les partenaires du projet les documents / activités réalisés par les classes (aspect échanges plutôt que « vitrine »).

 

Retour aux objectifs vises

L’objectif du scénario est avant tout de faire prendre consciences aux enseignant-e-s de l’apport des TIC dans l’enseignement de la géographie. L’ordinateur reste un outil au service de la didactique : il doit permettre d’enrichir et de diversifier les pratiques pédagogiques.

Un certain nombre de compétences informatiques seront certainement développées tout au long du projet, mais ce n’est pas un objectif en soi. Dans ce contexte, les formateurs TIC auront aussi un rôle d’AMP. Cependant, le travail informatique proprement dit sera assumé principalement par les formateurs TIC, qui profiteront le cas échéant de mettre à contribution les compétences de l’un-e ou l’autre des participant-e-s.

Si d’aventure, et ce serait la cerise sur le gâteau, certain-e-s participant-e-s exprimaient des besoins de formation plus poussée, ils seraient orientés vers les cours de formation continue qui, alors, prendraient tout leur sens, puisque répondant à un réel besoin.

 

La suite au prochain numero …