Leurs images, nos images


En-tête

Descriptif

Remarques sur la réalisation d'une enquête

Complément sur les compétences exprimées en terme de résultats d’apprentissage


Titre

Leurs images, nos images

Numéro du module: 1 et 2
Auteurs: Dominique Hari, Jean-Claude Domenjoz, Charles Lachat
Date: 11.11.01
No de version: 1.01
Discipline ou domaine: FI ou FC MI ou TIC
Objectifs en termes de résultats d'apprentissages : doter les enseignants d'une d'une démarche minimale visant à leur faire explorer la culture médiatique de leurs élèves
  F2
Public cible : enseignants
Type de démarche pédagogique : exploratoire
Résumé: ce que nous appelons images n'est pas forcément ce que les élèves appellent images
Mots-clés: culture médiatique, culture légitimée

Descriptif

Point de départ de cette réflexion, un constat:

Lorsqu'on demande à des élèves de 16-17 ans "Quelles sont les images que vous trouvez dans votre environnement", on obtient pêle-mêle:
- téléjournal
- pages sportives de journaux
- logo de T-shirts
- logo pour le natel
etc.

C'est assez différent des réponses que nous donnerions nous-mêmes en tant que profs.

C'est aussi un terrain à explorer qui pourrait faire l'objet d'un scénario.

Hypothèses de travail; prolégomènes

Le mot "image" est extrêmement polysémique. Il a une foule d'utilisations communes, une foule d'utilisations savantes. C'est de ce fait un bon sujet pour l'analyse: il présente tous les symptômes susceptibles d'engendrer le délire interprétatif...

Dans la culture de l'enseignant, il se peut que le terme "image" soit si "fixé" dans une représentation "cultivée" qu'il soit source d'incompréhension avec les élèves.

En toile de fond, il y a aussi la problématique des transferts d'apprentissages (entre les savoirs que propose l'école et les savoirs acquis par les élèves hors de l'école) que l'enseignant se devrait d'intégrer ou de questionner dans sa pratique.

En tant que formateurs de formateurs ou de "personnes-ressources", comment sensibiliser les enseignants avec qui nous sommes en contact avec cette problématique ? Comment les sensiblliser au fait que les représentations des élèves peuvent changer au gré des modes médiatiques et technologiques?

Il nous semble que les techniques pédagogiques que nous pouvons mettre en ?uvre dans ce type de cas sont essentiellement de nature exploratoire.

Enfin, et toujours dans ce type de problématique, nous devons garder en tête que les images, dans la pratique courante, avant d'être des objets, sont une monnaie d'échange, des signes de reconnaissance et d'appartenance. Elles ont un rôle important de socialisation.

L'école et les enseignants n'ont peut-être pas à "enseigner" ces rôles de l'image dans leur pratique disciplinaire. Mais peuvent-ils ignorer "comment ça marche ?"

En tant qu'enseignant, on peut aussi s'interroger sur nos pratiques, souvent insues, en matière d'image et d'échange. Les "beaux livres", par exemple, livre d'art ou de collections prestigieuses, est-ce qu'on les achète le samedi matin à la FNAC pour nos besoins personnels ? Ou entrent-ils plutôt dans des pratiques du don et du contre-don, à l'occasion d'invitations, d'anniversaires, etc. ?

Objectifs

- trouver les moyens de mieux connaître la culture médiatique des élèves

- trouver un point d'entrée pour évoquer la problématique développée ci-dessus dans des dispositifs de formation d'enseignants; en particulier trouver une activité à proposer aux enseignants qui ne soit pas de nature critique au premier chef (basée sur leurs représentations de la culture médiatique), mais active, exploratoire, un tantinet plus scientifique (ou en tout cas plus systématique).

Scénario I

On se place ici dans la perspective d'une formation de formateurs.

On demande comme préalable que chaque participant "sonde" sa classe à partir d'une question telle que:

"Quelles sont les images que vous trouvez dans votre environnement?"

et consigne les réponses obtenues.

A notre avis, ce travail de sondage ne peut être entrepris à froid. Il nécessite une explication sur ce que l'on cherche à obtenir, dans quelle perspective on envisage d'orienter ce travail (cf. les développements ci-dessus).

Dans une telle approche, on fera bien remarquer aux participants que les résultats qui pourront être obtenus n'auront que peu de valeur statistique.

La récolte des résultats devrait se faire avant une seconde rencontre entre participants. Plusieurs méthodes possibles pour mettre en commun ces résultats:

- une personne les centralise
- chacun envoie à chacun ses résultats par poste ou e-mail
- les résultats sont déposés sur un forum

Lors de la seconde rencontre entre participants, un thème est choisi parmi les réponses des élèves et est analysé plus en profondeur (Scénario II)

Scénario II

On fait l'hypothèse ici que les "logos" pour téléphones mobiles sont cités par les élèves et sont choisis par le groupe d'enseignants en formation.

Il y a fort à parier que beaucoup d'enseignants soient démunis AUJOURD'HUI pour aborder ce sujet.

Le formateur pourrait par exemple proposer une activité de découverte en fournissant aux enseignants en formation plusieurs séries de ces logos, en leur demandant de s'adonner à une approche classificatoire.

http://www.son3.ch/info.html

http://www.sms-1.ch/

Le formateur sera attentif en particulier aux difficultés rencontrées par les participants à définir des catégories: c'est souvent "un bon symptôme" qui permet par la suite, d'élargir l'approche que l'on peut faire d'"objets" méconnus.

La classification thématique (sans doute celle qui serait privilégiée par les personnes en formation) doit déjà permettre de dégager des tendances intéressantes.

La confrontation de ces catégories avec celles proposées sur les sites de téléchargement devrait également être source d'ajustements, d'observations critiques, etc.

Pour aller plus loin, on pourrait tenter d'appliquer à l'étude de ces logos la "boîte à outils pour l'image fixe", telle que l'a présentée P. Conscience.

http://wwwedu.ge.ch/dip/fim/ifixe/fsc.html

L'étude formelle des logos permettra peut-être de voir d'autres "classes" (par exemple: graphique, graphique et textuel, animé ou non, ?)

L'étude selon les entrées de type "signification" permettrait assez facilement de travailler à partir des notions de dénotation et de connotation.

L'étude selon le contexte devrait s'avérer la plus riche: que peut-on dire du contexte de production de ces logos ? Que peut-on dire des usages qui en sont faits (échanges, téléchargement pour soi ou pour les autres) ?, Image de soi que l'on révèle, phénomène de fond ou de mode, ?)?, Y a-t-il déjà des études sur ce phénomène ? ?

Conclusion

On ne s'est pas posé la question de savioir si le(s) scénario(s-ii) que nous présentons relève(nt) de pédagogies transmissives, behavioristes ou socio-constructivistes. Mais on aimerait bien que vous nous le disiez.


Remarques sur la réalisation d'une enquête

par Jean-Claude Domenjoz

L'élève est considéré comme un informateur qui peut renseigner sur des aspects de la culture d'un groupe social.

Mieux connaître la culture médiatique des élèves est un enjeu important. La démarche proposée dans ce scénario est évidemment fondamentale puisqu'elle vise à faire apparaître par le moyen de l'enquête que les représentations (attachées à des usages) des uns et des autres peuvent être très différentes.

Bien que la justesse des faits que l'enquête permettra de mettre en évidence ne soit pas primordiale, il convient cependant de bien faire prendre conscience aux formateurs et dans un second temps aux élèves que d'importantes distorsions risquent d'être produites par les conditions mêmes dans lesquelles l'enquête est réalisée.

1. Le cadre d'où est issu l'activité, ici l'institution scolaire, participera à déterminer ce qui qu'il est légitime de dire et ce qui ne peut être dit. Toutes les descriptions de pratiques, toutes les explications ne sont pas formulables n'importe où. La situation de communication, liée au contexte, agit comme un filtre.

2. Par ailleurs, tout discours produit est le résultat d'une interaction. Il a été bien montré que les partenaires de la communication co-construisent la "réalité" en fonction des enjeux liés à la situation de communication et des interactions effectives.

Une voie possible consisterait à mettre en place une situation permettant de révéler les différences de points de vue selon les conditions de réalisation de l'enquête plutôt que les faits eux-mêmes.

Compléments sur les compétences...

par Jean-Claude Domenjoz

Compétences exprimées en terme de résultats d’apprentissage

Je suis capable…

de reconnaître et d’accepter qu’il y a d’autres images que les miennes.

de formaliser et de nommer des images et des pratiques.

de susciter la parole des apprenants sur des sujets qui relèvent du champ extra-scolaire et de la sphère personnelle.

de proposer des dispositifs de canalisation qui permettent aux apprenants de s’écouter les uns les autres.

de proposer des dispositifs de relance susceptibles de favoriser la prise de parole et l’expression.

proposition nouvelle

de proposer des dispositifs qui révèlent les phénomènes de biais relatifs à la réalisation de toute enquête.

Par exemple, petit scénario :

1. Demander aux apprenants d’un groupe A de noter rétrospectivement les chaînes qu’ils ont effectivement regardé [télévision] ou écouté [radio] pendant les deux derniers jours et quand (de telle heure à telle heure, sur une grille) et aux apprenants d’un groupe B de nommer de même les programmes qu’ils ont regardés ou écoutés.

2. Demander aux apprenants des deux groupes deux à deux de comparer leurs données et de noter les similitudes et les différences qu’ils constatent.

3. Demander aux paires constituées de donner au groupe classe la synthèse de leurs remarques.

Ce dispositif devrait permettre de révéler :

a) que des pratiques sont plus légitimes (avouables) que d’autres ;

b) que le dispositif de l’enquête même détermine la nature des faits relevés et que dès lors le dispositif d’enquête participe à déterminer une représentation de la réalité.

Cette manière de procéder devrait permettre de préserver la face des participants qui ne livreraient à l’ensemble du groupe classe (espace public) qu’une synthèse des réflexions menées à deux (espace personnel) et non les données les concernant directement.

Prolongement possible

Etude des programmes d’une chaîne de télévision ou de radio par comparaison entre les programmes :

1. dont l’apprenant se rappelle ;

2. publiés dans la presse ;

3. effectivement diffusés (en particulier relevé et classement des programmes “interstitiels”).