INDEX

III. ANALYSE TRANSVERSALE DES OBSERVATIONS

A. LA MOTIVATION DES ELEVES

B. L'OPTIMISATION DES CONDITIONS POUR LA CORRESPONDANCE

1. Planification et fiabilité de la correspondance

2. "Enrichir" la correspondance

C. LE CHOIX DE LA TELEMATIQUE ET LA GESTION DE LA CLASSE

D. LES OBJECTIFS VISES - LES OBJECTIFS ATTEINTS

E. QUELLE EST L'IMPORTANCE DES APPRENTISSAGES ?

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B. L'OPTIMISATION DES CONDITIONS POUR LA CORRESPONDANCE

 

 

1. Planification et fiabilité de la correspondance

 

Etant donné l'importance de la correspondance pour la motivation des élèves, il est essentiel qu'elle soit assurée dans de bonnes conditions. Les enseignants ont tendance à sous-estimer la complexité de l'activité télématique en général et celle de la messagerie en particulier, comme si cette activité pouvait s'organiser d'elle-même. Ceci n'est évidemment pas le cas. Certaines mesures doivent être prises, certaines conditions remplies, pour que ces contacts épistolaires de relativement courte durée, et qui se déroulent de manière parfois imprévisible et chaotique, permettent les apprentissages escomptés.

 

Tout d'abord, le rythme des échanges doit être suffisamment fréquent pour maintenir l'intérêt des élèves, pour leur permettre de ne pas perdre le fil des idées et pour les engager dans un véritable dialogue34 . Il s'est aussi avéré plus difficile que prévu de s'assurer des correspondants et de se mettre d'accord avec un collègue lointain sur un projet bien planifié. Des classes entières disparaissent, des vacances ou d'autres événements plus ou moins prévisibles interfèrent, les réponses tardent à venir. Nos observations laissent supposer que même les enseignants experts ont tendance à négliger ces paramètres. Il faut dire qu'ils n'ont pas vraiment l'habitude des contraintes de l'organisation d'une correspondance indépendante puisque la plupart de leurs expériences préalables se sont déroulées dans le cadre de réseaux régionaux ou nationaux (EduNet ou Kalimera) ou dans de grands réseaux structurés tels que ATT, KIDLINK, MSGlobal ou Carfi. Certains enseignants se sont rendus compte à cette occasion de l'importance des réseaux comme références stables, aussi bien pour eux que pour leurs élèves.

 

La fiabilité de la correspondance est en effet une des principales raisons qui font que certains enseignants préfèrent travailler à l'intérieur d'un réseau local ou régional, dans lequel les partenaires se connaissent et se font confiance. Ces réseaux ont l'avantage de permettre une rencontre physique avec les collègues (ce qui reste important même pour les enthousiastes du e-mail), mais excluent évidemment les échanges en langue étrangère35. Les grandes listes et réseaux internationaux se prêtent à ces échanges, mais sont trop impersonnels, ne sont pas nécessairement source de partenaires fiables et ne sont pas adaptés à toutes les situations pédagogiques. De plus, la langue véhiculaire de ces réseaux est le plus souvent l'anglais.

 

2. "Enrichir" la correspondance

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Disposer d'adresses fiables est une condition nécessaire mais non suffisante à la réussite de la correspondance. En effet, celle-ci peut tout simplement languir parce que les partenaires ne trouvent rien à se dire.

 

Pour assurer la continuité et pour favoriser le développement de la correspondance, l'enseignant doit prévoir des mesures pour relancer et pour alimenter la correspondance au-delà des premiers contacts. Nos observations tendent à montrer que les messages manquent souvent de substance sans cet "enrichissement."

 

A l'école primaire, les élèves ont maintenu un courrier électronique relativement stable pendant toute l'année sans apport particulier quant au contenu. Cela était sans doute lié à plusieurs facteurs: ils ont pu choisir une âme soeur dans un groupe relativement large de classes participant à un réseau régional, et sur la base de mots clés identifiant des intérêts communs (sport, musique, famille, animaux domestiques); les liens entre partenaires étaient renforcés par le partage d'autres activités, même si celles-ci n'étaient pas directement liées à la correspondance personnelle; les enseignants du réseau ont discrètement veillé à la poursuite des échanges; les élèves, particulièrement intéressés par le lien en tant que tel, étaient peu enclins à laisser tomber une correspondance, même si celle-ci devenait répétitive. On relève toutefois que les messages échangés sont du style de la carte postale et ne dépassent que rarement le "Comment vas-tu?- Je vais bien!", ou les excuses de ne pas avoir écrit et les promesses d'écrire prochainement.

Dans le cas où deux classes étaient fermement liées, comme c'était le cas dans l'enseignement postobligatoire, un des maîtres estimait (sans l'avoir expérimenté encore) qu'il devrait être possible de passer à des échanges plus fournis que la simple transmission de données personnelles. "On peut décider de regarder le même film, de lire le même livre ou le même article, d'en discuter, de prendre position. Mais cela demande une collaboration étroite avec l'enseignant de l'autre classe. C'est un projet qui se construit à deux." Dans une autre classe, une telle collaboration a été réalisée. La correspondance devait s'articuler autour d'un objectif très exigeant: une prise de conscience des différences sociales et politiques des deux pays impliqués. Toutefois, le thème général était insuffisamment nourri pour être développé par les élèves dans leurs messages. La plupart des élèves ont tout de même trouvé des sujets de conversation plus terre à terre.

 

Dans une classe au Cycle d'orientation, une correspondance individuelle s'est engagée avec des élèves à différents endroits des Etat-Unis et du Canada. Les enseignants de ces classes préféraient la limiter à un simple échange d'informations, sans vraie coopération ni thèmes communs à traiter. Les élèves étaient curieux et se réjouissaient de ce large choix, mais aucun n'a pu garder un partenaire stable dans ces conditions. Les messages étaient par conséquent relativement répétitifs et se limitaient à la présentation de soi.

 

Les enseignants semblent parfois s'étonner des limites de leurs élèves, mais ne leur proposent pas toujours les moyens adéquats pour les dépasser. Dans une classe, l'enseignante conseillait aux élèves de poser des questions pour s'assurer des réponses d'un partenaire potentiel. Les élèves s'exécutaient dans la plupart des cas. En revanche, l'autre volet de cette stratégie destinée à maintenir une correspondance, à savoir de répondre aux questions, n'a pas été expressément mentionné et n'a pas souvent été utilisé. On s'aperçoit aussi que les élèves n'ont pas les connaissances suffisantes pour localiser, même globalement, leurs partenaires et qu'une carte géographique leur aurait été utile. Une autre enseignante, surprise par la description très conventionnelle de Genève préparée par les élèves pour leur page Web (le chocolat, les montres, le jet d'eau), a tenté de leur suggérer de décrire Genève telle qu'ils la vivent. Cette suggestion tardive n'a pas été suivie d'effets. Dans un autre cas encore, l'enseignante estimait qu'un projet imposé "indispose les élèves dans un premier temps" et a préféré attendre que des thèmes se développent spontanément. Comme cela tardait, elle s'est résolue à diriger la correspondance avec quelques questions et certains élèves ont trouvé cela limitatif. "Si on nous avait laissés libres, peut-être que ça ce serait développé spontanément."

 

Dans les classes qui ont eu des difficultés à établir une correspondance individuelle, les enseignants ont pu compenser par d'autres activités (élaboration d'une page Web, thèmes de rédaction suggérés par un réseau) ou se sont concentrés sur un projet. Ces activités ont pu être préparées par des lectures de textes qui fournissaient des contenus et des moyens linguistiques utiles à l'écriture. Dans ces cas, les élèves ont regretté l'absence de contacts personnels. Certains allaient jusqu'à qualifier l'enquête par questionnaire d'exercice de "marketing."

 

Il est donc nécessaire d'éviter de tomber de Charybde en Scylla : une correspondance personnelle avec un inconnu, malgré l'attirance qu'il peut y avoir, s'épuise en général vite (limitant par là les possibilités d'apprentissages nouveaux), mais il ne faut pas que les moyens destinés à l'enrichir étouffent la relation personnelle.

 

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34).a possibilité de recevoir et de renvoyer un message par semaine semble une exigence raisonnable pour maintenir le contact.
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35).Dans certains cas, des échanges en langue étrangère ont été organisés à l'intérieur de réseaux locaux. Dans ces cas, la communication "réelle" avait un aspect très artificiel.
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