INDEX

II. LA RECHERCHE SUR LE TERRAIN

B. MONOGRAPHIE DES CLASSE
1. Ecole primaire: français langue maternelle

2. Cycle d'orientation: allemand

3. Cycle d'orientation: anglais

4. Cycle d'orientation: français langue maternelle

LE CONTEXTE
Cadre de l'expérience
Gestion de la classe
Expérience des élèves
Travail en classe
Rédaction de textes

LES OBSERVATIONS

Fréquentation de l'atelier
Description des activités en classe
Progrès réalisés
Une introduction au WWW

5. Enseignement postobligatoire : anglais et allemand

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4.

Niveau secondaire I : (Cycle d'orientation)

9e degré : Classe d'accueil

Discipline : français langue étrangère

LE CONTEXTE

 

Cadre de l'expérience

 

La classe d'accueil22 pratique la télématique dans le cadre de l'enseignement de français langue étrangère. L'enseignante qui nous a accueillis pour les observations, titulaire de cette classe23, donne également des cours d'informatique dans cette école et fonctionne comme personne ressource pour l'atelier informatique. Par ailleurs, elle occupe la fonction de coordinatrice des TIC au Cycle d'orientation, dirige le groupe Multimédia du CO au CPTIC où elle préside aussi le groupe "langues et télématique" réunissant différents ordres d'enseignement. De plus, elle est rédactrice du journal du CPTIC "Informatique Informations." Antérieurement à l'expérience SOCRATES-MAILBOX, elle a participé aux projets réalisés sur le réseau télématique Kalimera (Vidéotex) et a encadré les enseignants engagés dans les AT&T Learning Circles.

 

La classe d'accueil en question compte 9 élèves entre 14 et 16 ans (5 garçons et 4 filles) de 9 nationalités et de 7 langues différentes. Elle regroupe une grande diversité de milieux sociaux et un éventail large de compétences, allant de l'analphabétisme à la maîtrise orale et écrite de plusieurs langues.

 

Les élèves ont 12 heures de français par semaine, assez regroupées, ce qui se prête particulièrement bien à l'intégration des TIC dans le programme. Les TIC permettent de varier l'enseignement et, de ce fait, de maintenir plus facilement la motivation des élèves. Cet outil aide aussi l'enseignante à individualiser ses cours, ce qui est particulièrement important pour un groupe aussi diversifié.

 

Gestion de la classe

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L'enseignante a relevé à plusieurs reprises (et nous avons pu nous en rendre compte) que cette classe était très dure, "très macho", et que les moments passés à l'atelier lui donnaient un peu de répit. Nous avons en effet pu observer que les élèves qui dérangeaient habituellement en classe étaient nettement moins "visibles" à l'atelier. Tout le monde était face à l'écran, assez concentré, et recevait sa part d'attention de l'enseignante, qui passait de l'un à l'autre.

 

Les élèves sont chaque fois déçus quand ils ne peuvent pas travailler avec l'ordinateur (dont ils apprécient le côté technique) et l'enseignante semble exploiter cette envie pour maintenir une certaine discipline de travail et un comportement adéquat en classe. ("J'ai arrêté d'aller à l'atelier maintenant, pour les punir....") Certains aimeraient y aller tous les jours, mais d'autres estiment que cela enlèverait à l'activité son côté exceptionnel et que la leçon à l'atelier ressemblerait alors aux leçons normales.

 

Expérience des élèves

 

Les élèves de la classe d'accueil travaillent avec l'ordinateur aussi dans d'autres disciplines : les mathématiques et l'environnement. Trois d'entre eux possèdent un ordinateur à la maison, dont deux sont connectés au réseau Internet. Ces élèves, comme d'ailleurs tous les autres, ont parfaitement intégré le discours général autour des avantages offerts par l'informatique: "C'est important pour tous les métiers, ça simplifie la vie, c'est rapide." Contrairement aux autres classes qui attribuent aux TIC un statut intermédiaire entre le travail et le jeu, les élèves de la classe d'accueil ne voient rien de ludique dans la pratique des TIC. Pour eux, tout ce qui touche à l'apprentissage du français, et plus généralement tout ce qui touche à l'école, relève d'un vrai travail.

 

Travail en classe

 

L'enseignante, qui est très convaincue des pédagogies actives, conçoit l'apprentissage de la langue comme une tâche intégrée et non comme une juxtaposition de "briques." Elle propose à ses élèves la rédaction de textes qui les obligent à mobiliser tout leur savoir lexical et grammatical. Elle insiste beaucoup sur la production écrite pour faire avancer parallèlement les compétences réceptives et productives en français.

 

L'enseignante utilise l'ordinateur pour faire écrire des textes destinés "à l'extérieur" que les élèves peuvent ensuite réutiliser dans différents cadres ou réseaux. En effet, elle estime qu'il est impossible de demander à des élèves non francophones de rédiger à chaque fois des messages entièrement nouveaux. L'ordinateur permet de modifier et d'affiner une production à plusieurs reprises, ce qui n'est pas, ou très difficilement, possible à la main24.

 

Dans le cadre de l'expérience, cette classe a rejoint le réseau KIDLINK qui se trouve sur Internet. KIDLINK propose un choix bien délimité de thèmes et impose un agenda. Le but est d'échanger sur ces thèmes avec des partenaires dans le monde entier. Dans ce cadre, les élèves ont fait leur portrait et ont décrit leur pays d'origine, ils ont répondu à quatre "questions" imposées par ce réseau: "qui suis-je?" (en anglais et en français), "ce que je veux faire quand je serai grand", "en quoi est-ce que je veux que le monde devienne meilleur quand je serai adulte?", "ce que je pense être en mon pouvoir dès maintenant", et ils ont présenté leur héros. Comme l'atelier n'est pas connecté, les élèves n'ont eu qu'une fois la possibilité de voir les productions des partenaires de ce réseau international. Cette "lecture" a été un peu décevante pour eux parce que la majorité des textes étaient en anglais.

 

En classe, les élèves ont fait peu de correspondance. En dehors des heures scolaires toutefois, certains utilisent une messagerie pour une communication régulière avec des élèves d'autres écoles du canton25 . L'enseignante précise qu'il s'agit d'une affaire privée, "entre eux, sans contrôle."

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Rédaction de textes

 

Les textes destinés à KIDLINK ont pu être préparés à la maison ou directement rédigés à l'écran. L'enseignante souligne que les élèves rédigent plus volontiers à la machine, ce que ces derniers confirment: "c'est moins fatiguant d'écrire avec le clavier, ça donne plus envie de travailler." Elle estime que le travail à deux est profitable, en particulier aux élèves qui débutent en français, mais elle leur laisse le choix de travailler seul ou en collaboration.

 

En parallèle à la rédaction des textes, les élèves ont créé une page Web comprenant leurs présentations personnelles et une description de leur école en Suisse. (Ils étaient d'ailleurs très fiers de voir leur nom et leur photo de classe sur le Web.)

 

LES OBSERVATIONS

 

Fréquentation de l'atelier

 

L'enseignante cherchait à faire travailler les élèves à l'atelier chaque fois que la situation le permettait, en moyenne quatre fois par semaine, aussi bien pour l'EAO que pour la rédaction de textes26 . La fréquentation de l'atelier se faisait de façon assez spontanée, en fonction de l'avancement de la préparation des textes et de la disponibilité des machines. De ce fait, la classe a été observée de manière un peu discontinue, pendant cinq matinées entre janvier et mars, dont une était destinée à l'introduction au NET et se déroulait au CPTIC. Contrairement aux autres sites, l'observation n'a pas pu être systématiquement assurée par deux personnes.

 

Description des activités en classe

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Pour cette classe d'accueil, les activités en salle de classe et les activités à l'atelier formaient un tout. L'enseignante préparait les textes avec les élèves en les aidant à réunir les éléments de contenu et en leur fournissant les moyens langagiers nécessaires à la rédaction. Puis les élèves, selon le stade d'avancement de leur texte, le transcrivaient ou le rédigeaient directement à l'écran. La préparation d'un texte en classe et son écriture à l'ordinateur pouvaient être espacées de plusieurs leçons. Dans la plupart des cas, les élèves travaillaient sur deux textes, un qui était en voie d'élaboration et un qui se réalisait à l'écran.

 

Lorsque les élèves ont préparé leur page WEB, par exemple, ce travail a duré plusieurs leçons et s'est fait par petits bouts. A la première leçon observée en classe, l'enseignante a rappelé aux élèves qu'ils avaient déjà vu une "homepage" au CPTIC et en a réexpliqué le principe. Elle a aussi précisé la construction logique à respecter: situer l'école et leur classe dans un contexte géographique plus large (Suisse, Genève, cycle d'orientation des Voirets, classe d'accueil). Elle a distribué ensuite des prospectus sur Genève (en différentes langues) pour que les élèves puissent marquer ce qui les intéressait et a signalé la présence d'un appareil photo à ceux qui voulaient photographier l'école. Les élèves n'ont pas très bien compris ce qu'ils devaient faire ou n'ont pas eu envie de commencer et ont feuilleté les prospectus. Un garçon s'est lancé, tête baissée, dans un dessin de l'école (qu'il a continué pendant toute la recréation), mais l'enseignante a insisté sur la rédaction d'un texte.

 

A un moment donné, les élèves sont partis à l'atelier où ils devaient encore finir le texte sur leur héros pour KIDLINK.

 

Une fille somalienne a produit un texte du genre "antihéros." L'enseignante lui a expliqué pourquoi elle ne pouvait pas accepter ce texte et a essayé de lui insuffler quelques idées pour qu'elle puisse recommencer son travail.

 

E: "Les anciens de ton village qu'on vénère"

La fille refuse.

E: "Ta mère, qui est venue avec tous ses enfants en Suisse, dans ce pays froid."

La fille refuse.

E: "Votre président."

F: "C'est un dictateur!"

 

L'enseignante abandonne.

 

Une semaine plus tard, à l'heure suivante que nous avons observée en classe et qui était consacrée à la suite de la préparation de la page WEB, l'enseignante a rappelé aux élèves qu'ils devaient décrire leur école. Elle a réuni avec eux différents adjectifs à utiliser dans la description: grande, jolie, grise, .... Un élève lui a demandé la signification de "grise" et une camarade, d'origine russe, lui a répondu que c'est le féminin de gris. L'enseignante a suggéré de mentionner le nombre d'élèves dans l'école. Les élèves ne le savaient pas, mais diverses estimations ont été faites. La fille russe a raconté que dans son école à Moscou ils étaient 1300.

 

Ensuite, pour situer leur école dans un contexte plus large, les élèves ont réuni certaines particularités de Genève: horloge fleurie, jet d'eau, banques,... L'enseignante les a lancés à la rédaction en rappelant encore une fois la tâche et le destinataire potentiel.

 

Les élèves sont partis à l'atelier. Un garçon a distribué les disquettes, spontanément, et les élèves ont écrit un texte sur l'école dans leur pays pour un journal. Les textes ont été préparés dans leur langue maternelle et traduits en français à l'écran. L'enseignante circulait, aidait à la rédaction, corrigeait à l'écran et rappelait périodiquement l'existence du correcteur orthographique que les élèves utilisaient volontiers.

 

Une fille brésilienne et un garçon portugais travaillaient ensemble. La fille avait écrit un texte en portugais et les deux le traduisaient péniblement, mais avec beaucoup d'application. La fille tapait, le garçon dictait et s'occupait de l'orthographe. Ensuite, ils ont corrigé avec le correcteur orthographique.

La fille russe, qui a passé plusieurs années aux Indes, a présenté un texte manuscrit en anglais. La traduction à l'écran montrait sa maîtrise remarquable du français écrit ("est-ce qu'on dit dans le centre de Moscou ou au centre de Moscou?") et son souci de se faire comprendre (elle a désigné son école, selon l'habitude moscovite, par un numéro et doutait que le lecteur saisisse ce qu'elle voulait dire).

Un élève du Kosovo, qui avait d'énormes difficultés en lecture et ne maîtrisait pour ainsi dire pas l'écriture, s'est fait d'abord aider par l'enseignante, puis par son voisin. Il lui a demandé d'écrire, sur un bout de papier, "on a des cours que le matin." Il a recopié la réponse lettre par lettre à l'ordinateur.

 

Cette leçon montre particulièrement bien les différences de niveau entre les élèves de cette classe, différences que l'enseignante arrive à gérer tout en maintenant la même exigence pour tous les élèves: une production terminée à la fin de la leçon.

 

Progrès réalisés

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Il apparaît que même les élèves qui sont motivés par la nécessité d'apprendre le français (et qui en font à haute dose) n'ont pas une perception claire des progrès qu'ils font. L'enseignante reprend alors les productions antérieures pour mettre l'amélioration en évidence et pour relancer les élèves avec des nouvelles connaissances. Selon elle, les progrès sont importants; la télématique a fait avancer l'habitude d'écrire et la correction est meilleure. Les élèves disent que l'ordinateur pousse à la correction et que l'affichage répété d'une faute par le correcteur orthographique aide à la mémorisation de la forme correcte.

 

Une introduction au WWW

 

L'enseignante a profité d'un déplacement au CPTIC pour initier les élèves à faire une recherche sur Internet. Elle leur a expliqué certains aspects du fonctionnement: mots soulignés, étoiles filantes, moteurs de recherche, les mots clés.... En principe, les élèves étrangers sont intéressés à retrouver leur pays, mais il faudrait, comme le précise l'enseignante, qu'ils aient des pages dans leur langue et, si possible, écrites pour des élèves ("Si on leur montre comment spécifier leur langue avec des moteurs de recherche, ça marche pas mal... évidemment, pour les analphabètes....").

 

Les élèves se sont lancés dans des recherches:

La fille brésilienne a cherché le journal informatique de son frère (qui est très actif sur Internet), mais n'a rien trouvé;

La fille somalienne a trouvé (probablement sur suggestion de l'enseignante) 2000 références au Coran;

Une fille bosniaque a découvert 4000 références à la Bosnie, mais elles étaient toutes en anglais, elle a cherché alors un chanteur;

Le garçon kosovar a trouvé un texte en albanais, mais voulait absolument un de son pays d'origine; apparemment déçu, il s'est rabattu sur Michael Jackson;

La fille russe a cherché son ami Newsky mais n'a trouvé que le Newsky Prospect; ensuite elle a découvert une page un peu louche sur les champignons ... et est retournée aux Newsky; puis à un groupe de musique, puis un autre ...;

 

 Sans projet, l'utilisation d'Internet ne sert pas à grand chose sauf à rabattre tous les enfants du monde sur les marchandises culturelles de l'industrie du spectacle27 .

 

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22).La classe d'accueil est déstinée aux élèves récemment arrivés dans le canton et pour lesquels le français n'est pas la langue maternelle. En principe, les élèves y séjournent au minimum six mois avant d'être admis dans une classe ordinaire.
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23).Elle partage les cours de français avec une collègue qui utilise aussi les TIC.
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24).D'habitude elle demande aux élèves de rendre chaque semaine un texte libre écrit à la main, mais avec cette classe elle n'a pas pu tenir cette exigence.
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25).Les élèves correspondaient en français ou dans leur langue maternelle.
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26).L'enseignante assure elle-même l'envoi des textes
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27).La visite au CPTIC devait initialement servir à une autre fin.