L'ère des apprentissages

L'évolution de l'école, (avec aussi l'apport des sciences de l'éducation), fait qu'elle passe (schématiquement) d'un rôle de transmission des connaissances, à un rôle de gestion des apprentissages des élèves. Schématiquement toujours, de récepteur l'élève devient un acteur, d'où l'individualisation de certaines tâches et l'importante part active du travail de l'élève.

En d'autres termes, si l'enseignant veut éviter que seule une petite minorité de ses élèves accède à la compréhension des systèmes linguistiques, scientifiques, économiques et culturels dans lesquels nous sommes insérés, s'il veut donner à tous les moyens de maîtriser les situations complexes que nous vivons, il doit abandonner la fonction de simple distributeur de savoirs.

Il s'agit pour lui de construire des situations qui, en finalisant le savoir aide les élèves à se mettre en situation de projet, leur donne les moyens de découvrir leur stratégie personnelle, de se construire une autonomie toujours plus solide face aux apprentissages.

De nombreux travaux montrent que le développement de la pensée et de l'intelligence procèdent, non d'apprentissages au sens scolaire du terme, mais d'interactions constantes entre individu et réalité, où l'action concrètement exercée sur les objets aboutit progressivement, par un processus d'abstraction et d'intériorisation, à des systèmes cognitifs organisés de plus en plus puissants.

L'élève au centre

Pour l'enseignant la mise en uvre de règles préétablies cède de plus en plus le pas à des stratégies orientées par des objectifs et une éthique dans une prise en compte toujours plus grande des besoins réels des élèves.

C'est maintenant une évidence incontournable: c'est l'élève qui apprend et lui seul. Il apprend à sa manière, avec son histoire en partant de ce qu'il est. Il faut partir de l'élève de ses besoins, de ses intérêts mais ne pas s'en tenir là. Il faut aussi lui fournir des outils pour dépasser ces besoins et ses intérêts, pour lui permettre d'accéder à d'autres connaissances.

L'accès à la culture

L'école continue à vivre sur des référents culturels relativement monolithiques et qui sont plus imposés que proposés aux enfants, et ceux-ci réagissent différemment selon leur propre référence culturelle ou familiale. Comment donc s'étonner que parfois les jeunes développent des expressions d'opposition ou des formes non reconnues par l'école? Il ne s'agit pas de dire que tout se vaut et doit être reconnu au même niveau, mais de montrer selon quels mécanismes se font ces différentiations culturelles. C'est dans le dialogue des cultures que seront reconnues les valeurs culturelles que veut défendre l'école, pas dans l'exclusion.

Les savoirs communs

La grande difficulté de l'école aujourd'hui est de marier l'exigence des savoirs communs (le socle fondamental) et le souci par la diversification de prendre en compte les spécificités de chacun. Ce n'est pourtant pas incompatible, bien au contraire. Il faut une exigence commune pour pouvoir diversifier. Pour accéder à la culture, les parcours sont différents. Il y a de multiples solutions, et il faut prendre son temps. Il est reproché au système éducatif de faire "n" fois la même chose et vite. Peut-être serait-il plus utile de ne la faire qu'une fois. mais plus doucement.

Une pédagogie de contrat

Les enseignants savent bien qu'ils n'ont pas prise sur tous les apprentissages que tous les élèves font à l'école. Les expériences formatrices courantes dans une classe débordent largement celles qui figurent dans les programmes. Ainsi, même si l'introduction des NT à l'école demande un effort de gestion de la part de l'enseignant, même si leur utilisation ne peut faire l'objet de contrôle systématique, elles sont d'un apport précieux.

La pratique de travail différencié, conduit souvent à organiser les apprentissages de manière contractuelle, où les tâches à accomplir résultent d'un accord préalable entre l'enseignant et l'élève.

Une pédagogie du contrat permet donc à l'élève d'avancer dans l'apprentissage de l'autonomie. Elle lui propose en même temps d'expérimenter les deux éléments qui la structurent: un cadre sécurisant fait de limites clairement définies et la liberté de choisir ses propres stratégies.


G. Pasquier