Nouvelles technologies et réformes des systèmes éducatifs

Depuis plus de 10 ans, les élèves utilisent des ordinateurs à l'école primaire et secondaire. Si, pour l'opinion publique, l'introduction de l'informatique à l'école se justifiait surtout par rapport à des arguments socio-économiques liés à la présence d'un secteur tertiaire prépondérant à Genève, pour les enseignants, l'utilisation d'ordinateurs avec les élèves a représenté tout de suite beaucoup plus que cela. L'ordinateur formait le support d'activités pédagogiques qui pouvaient constituer autant de ressources pour varier les approches pédagogiques et multiplier ainsi les occasions d'apprendre. De plus, pour leur travail de préparation des cours, la machine s'est tout de suite imposée aux enseignants comme un outil très utile, voire indispensable.

Actuellement, pour la plupart des enseignants utilisateurs d'un ordinateur, ce nouvel outil de travail continue à s'intégrer dans les pratiques pédagogiques, tantôt de manière soutenue, tantôt à petits pas, à force d'en découvrir progressivement le fonctionnement et les possibilités.

Pour les élèves, les pratiques d'utilisation de l'ordinateur à l'école les amènent à considérer de plus en plus la machine comme un objet banal et usuel. Avec l'introduction des ordinateurs à l'école, enseignants et élèves peuvent bénéficier d'un moyen technologique qui se situe en prise directe avec les possibilités du traitement de l'information et de la communication offertes aujourd'hui au public. Véritable objet culturel, incontournable dans quasiment tous les domaines de vie professionnelle, l'ordinateur a trouvé tout naturellement sa place aussi à l'école.

A côté de l'école...

Dans l'espace des loisirs de nos élèves, l'ordinateur prend également une place de plus en plus prépondérante. Quelles sont les classes de nos écoles dont les élèves n'ont jamais utilisé un ordinateur? L'accès à du matériel informatique de haut de gamme et à des logiciels sophistiqués est de plus en plus courant, au bénéfice des prix d'achat qui deviennent toujours plus abordables, y compris pour des familles à revenus moyens voire modestes. Même si les jeux d'arcades sur ordinateurs semblent former le gros des utilisations domestiques, les logiciels à but éducatifs remportent de plus en plus l'intérêt des utilisateurs, surtout avec l'avènement des environnements d'apprentissage multimédias sur CD-ROM. Dans les classes, il devient de moins en moins rare de rencontrer des élèves qui sont familiers de ces produits informatiques.

Comme les livres ou tout autre support de savoirs, l'utilisation des nouvelles technologies dans la sphère familiale ou privée des élèves représente un apport de connaissances dont les enseignants sont amenés à percevoir l'importance grandissante. Pour ne pas rester en rade de ce phénomène, de nombreux enseignants qui n'ont pas encore fait le pas des nouvelles technologies cherchent à se former. A l'heure actuelle, les cours d'introduction à l'informatique proposés aux enseignants battent tous les records d'inscriptions, excédant largement l'offre disponible en la matière.

En se formant à l'utilisation de l'ordinateur, les enseignants se rendent compte qu'ils sont étroitement concernés par l'importance du développement des nouvelles technologies. De nombreux enseignants considèrent l'informatique comme un outil qu'il s'agit d'intégrer dans le monde scolaire, au risque de marginaliser l'école par rapport à la réalité de la vie dans notre société.

Avec la multiplication des réseaux de communication, les chemins d'accès aux savoirs se trouvent augmentés d'autant pour les élèves. Les occasions d'apprendre en dehors de l'école ne font que mettre en évidence le fait que ce lieu traditionnel d'apprentissages n'a plus forcément le monopole de la transmission des connaissances. L'école se trouve malgré elle en concurrence avec des médias qui la défient sur son terrain, à la fois sur le plan des contenus qu'elle se propose de transmettre aux élèves et sur les méthodes d'enseignement pratiquées. A bien des égards, dans ce contexte, il s'agit pour les enseignants de repenser le sens de leur rôle et de leur action en adaptant et en développant les apports pédagogiques bénéfiques des nouvelles technologies. Un des rôles de l'école consiste probablement à fournir aux élèves des cadres conceptuels, d'établir des liens entre des connaissances de plus en plus éclatées, acquises ci et là, de manière superficielle ou incomplète.

Apports des technologies nouvelles

Appliquées au contexte scolaire sont potentiellement nombreux. En tous cas, ils sont susceptibles de contribuer fortement aux orientations pédagogiques qui résultent de l'évolution suivie par l'école genevoise. En fait, différentes rénovations en cours ne font qu'officialiser ces orientations en les érigeant en dispositif.

La rénovation des méthodes et de l'organisation de l'enseignement, ainsi que la volonté de mettre les élèves au centre de l'action éducative trouvent matière à se concrétiser avec l'exploitation de nouvelles technologies comme celle de l'informatique.
Du point de vue de la situation de travail sur ordinateur, les élèves sont souvent impliqués dans des relations d'interaction cognitives fortes pour réaliser la tâche qui leur est proposée. Ces relations interactives tendent à stimuler la motivation à réussir en incitant les utilisateurs à donner le meilleur de leurs capacités intellectuelles. De plus, suivant les activités menées sur l'ordinateur, les élèves sont amenés à collaborer pour traiter les situations qu'ils créent ou rencontrent, développant en cela des démarches et des attitudes intellectuelles très riches, susceptibles de favoriser des apprentissages scolaires.

Sur le plan de la nature des tâches, l'exploitation pédagogique de didacticiels EAO ou de langages de programmation comme LOGO donnent l'occasion aux élèves d'être impliqués dans des situations intellectuelles qui participent pleinement des objectifs scolaires, objectifs instrumentaux et objectifs de développement de la pensée.

Suivant les logiciels utilisés par les élèves, l'esprit de travail va nettement dans le sens d'une dynamique d'action et de réflexion de type formative: c'est le cas du traitement de texte où chaque texte se prête à la rédaction de versions intermédiaires comme autant d'étapes vers la production définitive. En favorisant une démarche d'exploitation du traitement de texte qui va dans ce sens, l'enseignant valorise en quelque sorte une représentation de la connaissance comme un processus de construction progressive. D'autre part, suivant les logiciels, la présence de différents niveaux de difficultés contribue à favoriser une intégration des activités menées sur l'ordinateur dans le sens d'une pédagogie différenciée et individualisée. Avec le traitement de texte, la possibilité de corriger facilement des erreurs ou des tournures de phrases va également dans ce sens.

Du côté des outils de communication, la télématique offre déjà aux classes quelques ressources pédagogiques intéressantes, en prise directe avec des activités liées à la correspondance scolaire. Dans le cadre des rénovations, chacun perçoit facilement tout l'intérêt de la télématique pour l'échange d'expériences et d'informations entre écoles. La mise en commun de documentation pédagogique facilement accessible et tout de suite utilisable, serait de nature à encourager grandement le travail entre équipes d'enseignants, chacune d'elle n'ayant pas à tout recréer de son côté.
En relation avec les rénovations du système scolaire, les NTIC apportent assurément un facteur de modernisme et d'efficacité très stimulant pour tous ceux qui veulent remettre en question leurs pratiques pédagogiques, évoluer et faire évoluer leurs élèves. Parmi les NTIC, l'ordinateur représente surtout un moyen d'enseignement et d'apprentissage dont la mise en parenthèse paraît difficilement imaginable étant donné les contributions importantes qu'il est susceptible de rendre à tous ceux qui souhaitent s'atteler aux rénovations pédagogiques tout en ayant envie de s'assurer de quelques garanties de réussites...


A. Vieke