Postobligatoire
Lilliam Hurst
enseignante au Collège Claparède

 

Socrates Mailbox,
rapport d'expérience

Par le petit bout de la lorgnette

Chiquenaude de départ : Il est difficile de cacher l'enthousiasme provoqué chez l'enseignant(e) par un échange télématique qui fonctionne bien; les élèves perçoivent l'émotion réelle que l'enseignant(e) ressent, et l'on ne peut qu'espérer que cette émotion leur soit communiquée.

 

Les expériences en télématique dans le Post-obligatoire ne datent pas d'hier, et chaque fois le même enthousiasme fut de la partie.

Débuts

AT&T Learning Circles (1992-1994), Echanges AardVark & Benhurst (1993-1994) World Classroom BioPoem (1995)

C'est avec une classe de troisième moderne au Collège Claparède que j'ai suivi les traces de Florence Durand dans le réseau AT&T Learning Circles (pour l'expérience de Florence dans ce domaine, voir http://www.ge-dip.etat-ge.ch/cptic/success/fiches/f033.html ; pour la mienne voir http://www.ge-dip.etat-ge.ch/cptic/success/fiches/ f075.html). Tous les échanges cités ci-dessus faisaient partie d'une structure bien établie, avec des procédures bien déterminées. C'est dire que ce ne sont pas les « gammes » qui nous ont manqué. Il restait maintenant à suivre un tracé moins explicite, quant à la structure, et totalement ouvert quant au contenu.

Coïncidences ?

Projet Européen

Dans un premier temps notre directeur au CIP, Raymond Morel, a lancé un appel aux collaborateurs(trices) souhaitant prendre part à un module d'un projet Européen appelé Socrates (voir http://wwwedu.ge.ch/cptic/prospective/projets/socrates/socrates-Mailbox-overview.html). Il s'agissait d'un projet qui avait pour but d'étudier l'utilisation de la télématique / télécommunication dans un environnement scolaire.

TESLCA-L

Presque simultanément, j'ai lu le message suivant dans la liste TESLCA-L (Teachers of English to Speakers of Other Languages interested in Computer Assisted Learning, liste que je gère). Le message venait de Jimmy Backer (National CALL Counsellor Department of Education, Israel) :

Subject : Looking for email correspondence

Date : Tue, 17 Sep 1996 22 :20 :50 +0200

From : Jimmy Backer <bjimmy@MIGAL.CO.IL>

To : Multiple recipients of list TESLCA-L <TESLCA-L@CUNYVM>

After unsuccessfully searching through various web-pages offering classes for email correspondence, I am turning to the members of TESLCA-L.

I teach a 10th grade EFL class (age : 15-16 year olds) in Israel. There are 32 students, about half coming from kibbutzim (collective villages) and half from wealthy private villages.

I am looking for a 9th, 10th, or 11th grade class of about the same size, which would be interested in corresponding for the entire year, once every 3 or 4 weeks. I would like to have each class read all the incoming messages and let the students choose whom to write to based on each in-coming batch of messages. Since everyone will have someone to write to, there will be no problems of « no response ». This structure also ensures a lot of input in exchange for the small amount of output of each student. (Krashen [théoricien anglo-saxon de l'apprentissage des langues] would appreciate this.)

If possible, I would like to have a class from somewhere in Canada. We are doing a special project about Canada this year, and corresponding with a class from Canada would really fit in well. But this is not absolutely necessary.

I look forward for some responses.

Jimmy Backer

Har V'Gai Regional School

Kibbutz Dafna, ISRAEL

Eurêka

Il m'a semblé opportun de lier la demande de mon directeur à celle du collègue au Kibboutz Dafna, et après les démarches préliminaires nous avons démarré.

 

Mes buts

Permettre à nos jeunes de débattre avec leurs pairs d'autres cultures, d'autres pays

Dans tous les échanges auxquels j'ai participé, mon souhait principal a été de permettre à mes élèves de « rencontrer » des élèves d'autres pays, d'autres cultures. Mon impression, mais peut-être ai-je attribué une importance démesurée à ma petite influence, était qu'ainsi je contribuais à leur offrir une plus grande ouverture vers le monde. Il ne s'agissait plus d'adultes parlant de ce qu'ils croient que les jeunes pensent, mais les jeunes eux-mêmes partageant leurs opinions.

Encourager l'utilisation de la langue cible

Je mentirais si je n'ajoutais pas immédiatement qu'en filigrane de tous ces échanges se dessine le fait que je désire ardemment aider mes élèves à utiliser la langue cible de manière plus efficace et plus naturelle. Pour moi cette langue cible est l'anglais-langue-seconde.

Améliorer la lecture et la rédaction rapide dans la langue cible

Par ailleurs, le courrier électronique (e-mail) offre une possibilité d'une utilisation nouvelle de la langue cible. En effet, étant donné que le niveau du discours se situe entre l'écrit et l'oral, avec davantage de liberté dans la rédaction (pour de plus amples informations sur l'utilisation du e-mail dans l'apprentissage de l'anglais, voir l'article de Tom Robb e-mail Keypals for Language Fluency http://www.kyoto- su.ac.jp/~trobb/keypals.html), il ma semblé que ma classe, assez faible dans l'ensemble, pourrait bénéficier de cet allégement dans le stress de la rédaction.

 

Réalités

Niveau des élèves

Comme je l'ai dit plus haut, il s'agissait d'une classe au niveau plutôt faible. Plusieurs des élèves avait fait partie d'une classe dite « difficile » dans laquelle j'avais moi-même enseigné quelques années auparavant. Certains d'entre eux semblaient peu intéressés par les cours d'anglais en particulier et par l'école en général, tout en ayant des intérêts variés à l'extérieur de l'école. J'ai senti que pour certains de ces élèves-là j'aurais de la peine à communiquer un quelconque enthousiasme, et l'expérience a prouvé que j'avais eu raison.

L'importance de l'adresse électronique (Mailbox)

Tous les élèves dans une école genevoise bénéficient d'une adresse électronique ; depuis quelque temps (lire « versions de Mailbox »), notre collègue en ingénierie pédagogique, Pascal Comminot nous offre même la possibilité de communiquer avec n'importe quelle autre boîte aux lettres sur Internet n'importe où dans le monde ! Les élèves de Har V'Gai (l'école du Kibboutz Dafna) n'ont pas cette possibilité. Chaque élève devait donner son message au maître (Jimmy Backer), qui les collationnait et me les faisait parvenir sous forme d'un message électronique (plutôt long !). Je devais faire suivre les messages. Il faut avouer que cela a représenté une surcharge de travail inutile dans ce qui aurait pu être un échange sans intermédiaires.

 

READ YOUR OWN MESSAGE FIRST.

Then read the messages from

Tom BRUSTIN (p.3),
Anat ZLICCHOVER (p. 14), and
Ma'ayan LEV-ARI (p. 22).

1.What do you learn about life on a kibbutz ?

2.Had you heard about any of this on the news ?

3.What is different (geographically) between Israel and Switzerland ?


Un exemple

Pour ne citer qu'un exemple, avec la distribution des messages reçus le 6 février 1997 (peu après le crash des deux hélicoptères dans les hauts du Golan, à une centaine de mètres de l'école Har V'Gai), j'ai ajouté une sorte de « frontispice » au dossier que formaient les messages collationnés, comme suit :


Résultat

Perte du côté immédiat apporté par le courrier électronique

L'immédiateté qu'offre le courrier électronique a été perdu, comme je l'ai indiqué plus haut. De même l'excitation d'avoir plusieurs messages dans sa boîte aux lettres devenait différente ; mon rôle, que je voyais plutôt comme celui d'une facilitatrice (voir rapports sur les échanges AT&T cités plus haut), devenait celui d'une factrice.

Rédaction transformée

Le fait de travailler sur traitement de texte, qui est indéniablement un type de rédaction différente (sans les allégements sémantiques et syntactiques qu'offre le courrier électronique), a bien évidemment transformé mon rêve du début de l'expérience. J'aurais, par ailleurs, souhaité que mon Responsable d'Atelier (personne responsable de l'installation et de la bonne marche des « logiciels de base » tels le traitement de texte) ait installé tous les utilitaires nécessaires, comme les correcteurs d'orthographe, par exemple.

Syndrome du CV

Ce qui m'a le plus déçue, finalement, ce fut la difficulté accrue que j'ai rencontré lorsque j'ai essayé de faire sortir les élèves de ce que je ne puis appeler que le syndrome du CV. Je prévoyais un échange ouvert, enthousiaste, où le désir de communiquer l'emporterait, et où les élèves verraient la vie par un autre prisme que celui que leur réalité quotidienne leur impose. Dans la réalité, j'ai été obligée d'intervenir bien davantage dans le sens d'un dirigisme que je ne souhaitais nullement au début.

 

Cf. Bouclier Arverne (Dargaud)

p 30 : »J'ai intercepté la communication, Astérix. »

Si l'on veut trouver un parallèle de ce que je ressentais, il faut se référer aux grands classiques, Le Bouclier Arverne, de la série Astérix (Goscinny et Uderzo). Dans le dessin, l'on voit un homme d'affaires (Lucius Coquelus) qui appuie sur un bouton pour appeler sa secrétaire (Percaline). La réalité nous montre qu'un petit négrillon se trouve sous le bureau, et c'est lui qui sort en courant de dessous le bureau pour apporter la communication à la secrétaire. C'est cette communication qu'intercepte Obélix. J'avais l'impression d'être ce négrillon, et de « faire semblant » d'utiliser un moyen de communication très moderne en faisant, en quelque sorte, un peu de « triche » pour pouvoir le faire.

 

Expérience positive dans l'ensemble

Ecueils inévitables

Je ne voudrais pas que l'on pense que j'ai trouvé toute l'expérience négative ! En fait, même s'il n'y a eu qu'une petite lueur de compréhension dans l'esprit de mes élèves, je m'en contente. Dans leur article (paru dans le n° 34 d'Informatique-Informations de novembre 1997) Dagmar Hexel et Marc Bernoulli disent, et je me suis sentie décrite avec plus ou moins de bonheur :

Dans un des cas, l'ensemble de la correspondance entre deux classes était organisé autour d'une idée directrice : la prise de conscience d'une situation sociale et politique différente. Cet échange faisait également alterner messages individuels et collectifs autour de thèmes particuliers, afin de prévenir un tarissement prématuré de la correspondance et pour créer plus de cohésion entre les classes concernées. Ce projet était intéressant dans sa conception, mais s'avérait trop ambitieux par rapport au cadre général de l'expérience.

Il va sans dire que c'est bien ce que je cherchais à faire ; c'est même un des points principaux qui a certainement pu ressortir lors de ma description du projet pendant les entrevues qui ont précédé et suivi les périodes d'observation. Mais il faut également dire que l'ambition doit être démesurée dans un projet de ce genre ! Ceux et celles d'entre nous qui avons participé à un ou plusieurs projets de ce genre savons que nous n'arrivons jamais jusqu'à la ligne d'arrivé (généralement fixée à l'horizon !) que nous nous sommes fixée ; il convient de placer le but aussi loin que possible afin d'arriver à un point flou bien en-deçà. Nous nous lançons dans une entreprise que nous ne pouvons (ni ne voulons) entièrement maîtriser, car la maîtrise totale signifierait la destruction des buts principaux de celle-ci.

 

Insertion dans le Projet Mailbox Socrates

L'Observation

Il faut se demander jusqu'à quel point l'observation de l'expérience ne la transforme au-delà du reconnaissable. Il y a, par ailleurs, toujours le risque qu'une méconnaissance des situations réelles dans les salles de classe, ainsi qu'un manque d'information sur les structures de service dans les projets pilotes de ce genre aient pu mener aux remarques du type : « ... même dans les cas d'utilisation d'un traitement de texte, le correcteur orthographique n'était pas toujours mis à disposition. » Il est vrai que mes élèves auraient pu utiliser le correcteur orthographique. Ce n'est pas à moi, qui ne suis pas responsable des installations de logiciels de base dans mon collège, de le faire ; celui qui est responsable de pareilles installation a de son côté, et depuis les récentes coupes budgétaires, de plus en plus de fers dans le feu ! Et voilà pourquoi notre fille est muette !

Les Observateurs

Si des expériences de ce genre sont appelées à se généraliser, ce que j'appelle de mes vœux, et si les mêmes structures d'observation sont mises en place, il serait souhaitable de bien expliquer aux observateurs que leur rôle est d'observer. Il m'a parfois semblé que certaines relations d'observé-observateur pouvaient en quelque sorte encourager certains élèves réticents dans leur désir de résister à l'expérience : ils avaient un public rapproché pour leur affrontement élève-maître !

 

Prête à recommencer

Les élèves notre récompense

Malgré tous les points en apparence négatifs que j'ai tenu à citer ci-dessus, il faut dire que l'expérience fut globalement positive ! Parmi les élèves, il y a eu en tous les cas une partie qui en a profité pour élargir une certaine connaissance sur les kibboutzim en particulier et sur la situation en Israël en général. Une élève très réticente au début (et qui pourrait être partiellement à l'origine de la remarque « Nos observations montrent tout d'abord que la quantité de textes produits varie considérablement d'un élève à l'autre, mais reste en général assez faible » m'a finalement beaucoup encouragé quand elle s'est enfin débloquée en parlant de ses expériences dans un squat. Il m'a même semblé que son attitude en classe s'est amélioré à la suite de cette possibilité de s'exprimer sur un sujet qui, manifestement, lui tenait à cœur.

Les élèves qui participaient de bon cœur ont été, comme d'habitude, et par leur attitude positive, une récompense immédiate des efforts consentis. Je partage ici deux photos d'une partie de chacune des deux classes avec lesquelles j'ai fait cet échange.

 

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