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Une "boîte à outils" pour la télévision ?


par Charles Lachat

Du point de vue qui est le nôtre, c'est-à-dire procurer aux enseignants des outils utiles pour appréhender l'image et les médias dans la perspective d'une utilisation pédagogique, l'image télévisuelle diffère peu de l'image filmique, telle qu'elle est abordée dans la section qui lui est consacrée sur ce site.

Bien sûr les conditions de production et de diffusion du matériel télévisuel ou cinématographique ne sont pas les mêmes. Les conditions de réception (salle de cinéma ou petit écran) non plus.

Pourtant, dans un film de fiction comme dans une émission télévisuelle de plateau, un plan reste un plan, une axe de prise de vue reste un axe de prise de vue; dans les deux cas, on peut parler de contenu dénotatif ou connotatif (voir Une "boîte à outils" pour l'image filmique)...

Seuls les aspects que nous appelons "contextuels" changent de manière significative lorsqu'il s'agit de télévision. Nous ne pouvons ici développer des sujets aussi complexes que le contexte de production du média télévisuel ou la question du contexte socio-historique dans lequel le média-télévision s'inscrit.

Nous aimerions plus simplement attirer l'attention sur deux caractéristiques propres à la télévision (et à la radio) et dont la boîte à outils pour l'image filmique ne rend pas compte:

  • la télévison est un média de flux
  • la télévision peut émettre en direct

Un média de flux

A l'inverse de la presse (une édition par jour du média-presse pour un quotidien par exemple) ou du web (mise à jour périodique des sites), la télévision émet dans un flux quasi-continu.

Si le flux est continu, il n'en est pas pour autant homogène. Se succèdent des "émissions" de plateau, des transmission d'événements sportifs, des journaux télévisés, des films, des séries etc. dont le statut et les conditions de production sont extrêmement divers. Le tout forme ce que le média-télévision appelle une "grille de programme".

Cette grille se caractérise en particulier par des "rendez-vous" organisés quotidiennment (les journaux télévisés), hebdomadairement (les soirées-cinéma), mensuellement (certaines émissions de reportage ou de débat) ou encore selon des périodicités variables.

Elle se caractérise aussi, sur la plupart des chaînes, par des reprises ou des rediffusions de certaines émissions dont la périodicité peut être également fixe ou variable: caractère répétitif du média de flux.

Autre caractéristique essentiellement due à la concurrence entre chaînes: les stratégies de fidélisation du public. Ces stratégies se manifestent en particulier par une simulation de l'effet zapping (raccourcissemnt des émissions, découpage des émissions en séquences ou volets identifiables - ceci mériterait évidemment une étude plus poussée) au sein même du flux et par les effets d'annonce et de promesse (émissions intersticielles du type "Dans quelques instants, vous pourrez suivre...") dont le temps d'antenne n'est pas négligeable.

La recherche de fidélisation du public se manifeste également dans les dispositifs que met en oeuvre la télévision pour "dialoguer" avec lui: la télévision cherche à se donner une dimension interactive. Cela se traduit de diverses manières:

  • concours de tous genres
  • émissions de débat ou les téléspectateurs peuvent appeler par téléphone, envoyer des fax ou des e-mails
  • jeux par téléphone
  • films à la carte
  • etc.

Il s'agit toujours de pseudo-interactivité, à analyser de cas en cas de manière plus fine. La télévison émet dans un seul sens, elle a recours à des artefacts pour faire croire à un échange avec ses téléspectateurs. Le flux est essentiellement unidirectionnel.

Le direct

L'origine de la télévison, c'est le direct. A son avènement, la télévision ne disposait pas de possibilité d'enregistrer de manière simple ses émissions: le magnétoscope n'existait tout simplement pas. Le recours au support filmique était le seul disponible, et les films étaient retransmis à l'antenne grâce au "télécinéma". Le direct était alors le mode de transmission privilégié de la télévision.

Le direct est une technologie simple, mais lourde et chère du point de vue organisationnel et logistque: les émissions doivent être préparées et répétées avec soin, il demande un grand professionnalisme, aucun montage n'est possible hors celui effectué en temps réel en régie, les risques de dérapage sont difficilement maîtrisables.

Aujourd'hui, les émissions diffusées en direct sont plutôt rares et se limitent à certaines retransmissions d'événements sportifs et à ce qui se déroule sur le plateau dans le cas des journaux télévisés et de certaines émission d'information.

Les chaînes de télévision ont recours au direct également lors d'événements politiques importants, élections par exemple.

On pourrait enfin distinguer le direct "de crise", celui qui s'est manifesté lors de la guerre du Golfe ou encore lors de l'attaque surprise des Twin Towers à New York.

Le direct renforce de manière spectaculaire l'effet de croyance lié aux images et la métaphore de fenêtre ouverte sur le monde. Il fait oublier que même "en direct" une image cache autant qu'elle montre: elle est UN regard sur le monde, et un regard sélectionné parmi d'autres par une chaîne à un moment donné.

 

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